Slaughterhouse – Slaughterhouse

Sortie: 11 Aout 2009
Label: E1 Music
Producteurs: The Alchemist, DJ Khalil, StreetRunner, Denaun Porter, Filthy Rockwell, Emile, Focus, Realson

Il est lieu commun d’affirmer que dans le rap game, il ne suffit pas d’être un tueur au mic pour se faire une place dans l’industrie. Nombre de MC’s talentueux n’ont ainsi jamais pu confirmer les espoirs placés en eux, la faute à de mauvais choix de carrière ou, plus souvent, aux galères de labels. Joe Budden, Joell Ortiz, Royce Da 5’9″ et Crooked I sont de ces rappeurs sans couronne dont la carrière a été plombée par divers errements et qui auraient très bien pu être condamnés à faire des mixtapes toute leur vie. Forts cependant de fan bases plus que fidèles, ils n’ont eu aucun mal à entretenir la flamme jusqu’à ce que le label indépendant Amalgalm Digital vienne tendre la perche à Joe Budden, lui permettant de revenir enfin dans les bacs avec un Padded Room sombre et torturé. C’est dans cette période que la formation d’un super-groupe réunissant les 4 MC’s pré-cités est évoquée. Une information qui laisse tout de même dubitatif quand on sait le nombre de groupes de ce genre qui n’ont, pour la plupart, vécu que le temps de leur annonce et, avec de la chance, de quelques titres.
Beaucoup n’y croyaient donc pas trop, surtout que dans la foulée la sortie du premier album du groupe est prévue. La question était de savoir si ses bouffeurs patentés de mics se mettraient au diapason et s’inscrirait dans une véritable logique de groupe plutôt que dans une association de bons rappeurs sans aucune alchimie. Deuxième réserve ce casting d’habitués des mixtapes sera t’il capable de tenir la route sur un album cohérent sachant qu’ils sont manifestement peu habitués aux sorties officielles? Pour finir la diversité de leurs villes d’origine ne nuirait-elle pas à l’esprit de groupe et à l’unité lyricale? Autant de questions alors en suspens mais qui ne modèreront en rien l’enthousiasme des fans qui se prennent à rêver d’un classique ou tout au moins d’un album de très, très haut niveau. Il est vrai que la réunion de quatre des plus gros déchireurs de mics du monde hip-hop a largement de quoi faire jaser, et rien que pour cette initiative, il est tout a fait normal d’être impatient de voir le résultat (surtout qu’il est annoncé comme un Detox Underground). En attendant cet album, le groupe fait monter son buzz en délivrant une flopée de bastos lyricales (Slaughterhouse, Onslaught, Wack MC’s…) et parvient sans peine à convaincre même les plus sceptiques sur leur valeur. Malheureusement on apprendra par la suite qu’aucun de ces titres ne sera reconduit sur l’album. Mais en contrepartie on nous certifie que ceux qui ont été retenus seront encore plus lourds. De quoi encore plus piaffer d’impatience.
L’album arrive finalement, précédé de The One, un titre plus léger qui entend prouver qu’il est encore possible de faire des sons rap pour les clubs sans tomber dans la facilité (malgré son sample de rock), et surtout de Cuckoo, exercice de style magistralement orchestré par DJ Khalil. Le moins que l’on puisse dire dès la première écoute est qu’on n’est pas déçu. C’est du très lourd. Les MC’s livrent des performances de très haute volée et la saine émulation entre eux les poussent dans leur derniers retranchements lyricaux. Une véritable boucherie qui justifie à elle seule le titre de l’album. Ne cédons toutefois pas au triomphalisme affiché par les fans qui n’hésitent pas à le qualifier de meilleure sortie de l’année. Une écoute plus attentive met à jour les faiblesses de cet album qui s’il brille par son efficacité est loin d’être le classique annoncé. L’album s’avère en effet monolithique, tant dans le choix des instrumentaux que des thématiques abordées et surtout on réalise vite que l’essentiel des tracks suivent le même schéma. Royce qui intervient en premier poser les bases suivi ensuite de Joell ou Crooked avant que Budden ne se charge de conclure. Pas franchement original. De plus Budden apparait trop souvent en dessous, ce qui fera dire à certains qu’il est le maillon faible du groupe. Il n’en est cependant rien vu qu’il pose de façon globalement moins agressive que ses équipiers. Autre écueil non évité, une impression de réalisation faite à l’arrache. On a parfois le sentiment d’écouter un street-CD. Pas que la performance des rappeurs soit mauvaise mais leur volonté de tous vouloir livrer le meilleur d’eux-mêmes au mic à pour effet de donner l’impression d’écouter un freestyle perpétuel. Comme si chacun voulait briller au détriment des autres. Toutes choses qui ne donnent pas la sensation d’écouter le disque d’un groupe mais d’une réunion de très bons rappeurs vu que l’alchimie de groupe qui se dégage s’avère en définitive factice. Il y a plus de complicité que de complémentarité. Ajoutons à cela des titres moins inspirés (même s’il n’y en a aucun de franchement mauvais) et des featurings parfois inutiles (à l’image de Fatman Scoop sur Onslaught 2) et on a fait le tour des failles de cet album.
Malgré tout Slaughterhouse se révèle être un très bon disque, bien meilleur que pas mal de sorties de cette première moitié d’année. On ne boudera donc pas notre plaisir à l’écoute de titres costauds comme Sound Off (malgré un sample grillé mais bon on a entendu bien pire cette année), l’excellent Microphone, l’énergique Not Tonight ou encore le sombre et spirituel Pray (It’s A Shame) qui est à n’en point douter l’un des meilleurs titres de l’album. Les invités sont rares et ne s’expriment le plus souvent que le temps d’un refrain. Cette discrétion microphonique n’est pas nécessairement embarrassante, dans la mesure où leurs performances ne marquent pas plus que ça et sont pour certains dispensables. Pharoahe Monch lâche un hook juste correct sur Salute quand Novel aère un peu Raindrops. Les autres invités se contentent du minimum syndical. Quelques titres plus consensuels comme Killaz (Produit par Emile) et Cut You Loose s’avèrent eux aussi efficaces.
Le principal regret est que les singles lancés en éclaireurs n’aient pas été reconduits sur la tracklist finale. Pour le reste en dépit d’une osmose plus que relative, le projet se révèle amplement satisfaisant. Pas l’album de l’année mais un disque qui fera largement le bonheur des fans de chacun des MC’s et le notre aussi vu qu’il doit être l’une des rares sorties de ces dernières années qu’on peu écouter de bout en bout sans zapper trop de titres. Un premier effort encourageant qui ne devrait pas rester sans lendemain vu que le deuxième album est déjà annoncé. Gageons qu’ils sauront tirer les leçons de celui-ci afin de nous livrer un produit encore meilleur.

15/20

Tracklist:

# Title Producer(s) Length
1. « Sound Off » StreetRunner 5:51
2. « Lyrical Murderers » (feat. Kay Young) Focus 4:04
3. « Microphone » The Alchemist 4:42
4. « Not Tonight » StreetRunner 3:39
5. « The One » (feat. The New Royales) DJ Khalil 3:37
6. « In the Mind of Madness » (skit) 1:23
7. « Cuckoo » DJ Khalil 4:30
8. « The Phone Call » (skit) 0:58
9. « Onslaught 2″ (Feat. Fatman Scoop) Emile 4:27
10. « The Phone Call 2″ (skit) 0:56
11. « Salute » (feat. Pharoahe Monch) Mr. Porter 4:31
12. « Pray (It’s a Shame) » Realson 3:53
13. « Cut You Loose » Mr. Porter 4:43
14. « Raindrops » (feat. Novel) Filthy Rockwell 5:00
15. « Killaz » (feat. Melanie Rutherford) Emile 4:09
16. « Fight Klub » (bonus track) Frequency 4:42
 

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , ,

 
 

L'Auteur

Journaliste indépendant et chroniqueur musical, Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d’informations.

Plus de posts de | Visitez le site de Street Poet

 

 

 

Add a comment

required

required

optional


 
 
shared on wplocker.com