Jay-Z – Kingdom Come

Catégorie(s) Chroniques, Rap US - Par Street Poet Publié le Lundi 7 décembre 2009 Avec 0 Réactions

Sortie: 21 Novembre 2006
Label: Roc-A-Fella/ Island Def Jam
Producteurs: Dr. Dre, Mark Batson, Just Blaze, Kanye West, Swizz Beatz, The Neptunes, DJ Khalil, Chris Martin, Syience, B-Money

On en avait presqu’oublié qu’il était à la retraite tant son hyper-activité et son omniprésence dans les médias nous rappellent qu’il est encore là. Bien sur Jay-Z n’a plus sorti d’album solos depuis The Black Album, mais son fantôme continue d’hanter le rap game. Il faut dire qu’il n’a pas vraiment chômé. Entre un nouvel album avec R. Kelly (Unfinished Business), un autre avec le groupe de rock Linkin Park (Collision Course) et divers featurings et prestations live, on ne peut pas dire qu’il se soit éloigné du monde de la musique. Mieux en 2005 il se voit coopté à la tête du prestigieux label Def Jam. Toutes choses qui laissait présager d’un éventuel retour aux affaires rapologiques. La rumeur se veut d’ailleurs insistante jusqu’à ce que l’intéressé lui-même la confirme. Oui il fait son come-back, oui l’envie est revenue et il sortira d’ailleurs un nouvel album d’ici peu. Et pour marquer le coup il remonte sur scène pour le concert I Declare War qui scelle définitivement sa réconciliation avec Nas.

Les tractations et autres pronostics vont alors bon train, surtout que pas grand-chose ne filtre au sujet de ce retour aux affaires. Une seule question demeure en suspens: les motivations réelles de ce come-back. Reprend t-il le chemin des studios parce qu’il désire réellement ou est-ce pour relancer une machine Def Jam en souffrance comme il l’avait déjà fait pour Roc-A-Fella avec The Dynasty? Une interrogation qui restera en suspens. Quoi qu’il en soit Hova joue tout d’abord la carte de la rupture et prévoit sortir cet album sous le nom de Shawn Carter. Il se ravisera finalement et gardera son nom de scène. Quant à l’intitulé de l’album il lui sera suggéré par un de ses collaborateurs Young Guru en référence au comic book de la DC Superman. Contrairement à ses habitudes Jay prendra son temps et attendra Octobre pour enfin livrer son premier single Show Me What You Got. On retrouve Just Blaze à la baguette mais ce titre s’avère peu convaincant. On était en droit d’espérer mieux d’un homme qui aura marquer l’histoire de cette musique. L’accueil est plutôt mitigé dans le milieu. Bien sur ce morceau est dans la lignée du Black Album, montrant que Jay reprend les choses là où il les avaient laissées mais le scepticisme demeure. Dans la foulée la tracklist arrive et elle s’annonce épaisse comme une liasse de billets de 100 au vu des noms qui y figurent. Les habitués Just Blaze et Kanye West sont conviés mais aussi The Neptunes, Swizz Beatz, DJ Khalil, quelques inconnus ( Syience et B-Money) et surtout Dr. Dre. Le bon docteur a consenti à lâcher sa thèse Detox un moment pour s’occuper de trois titres. Mieux il s’occupe aussi du mixage de l’opus. Toutes choses qui laisse augurer d’un disque de très bonne qualité qui sortira directement sans qu’un autre single ne soit lancer en éclaireur.

Dès les premières écoutes ce qui marque tout de suite est la qualité du rendu. On reconnait la touche de Dre qui rehausse même les titres les plus banals pour en faire des bombes. Un bon point mais qui ne saurait suffire à lui tout seul pour faire de cet album un must du genre. Le docteur n’en reste heureusement pas là et ses trois de ses prescriptions s’avèrent être parmi les meilleures du disque. Un Trouble surprenant mais novateur où Jay parle vite fait des rumeurs sur son enfant caché, un 30 Something tout à fait dans son style mais surtout l’énorme Lost One sur lequel Hov se livre. Il y évoque pèle-mêle la mort de son neveu, ses relations difficiles avec Beyonce et son ex-associé Damon Dash le tout en trois couplets lourds de sens rehaussé par un refrain accrocheur de Chrisette Michele. Ce titre très personnel est l’une des tueries de l’album. Autre moment fort l’excellente contribution de Kanye West Do U Wanna Ride en duo avec un John Legend qui donne de la profondeur au morceau. Ce seront globalement les seules raisons de s’enthousiasmer sur cet album. S’il s’avère assez bien produit dans son ensemble (à l’exception du décevant Anything usiné par les Neptunes et de l’anecdotique son de DJ Khalil) et très agréable à l’écoute, c’est dans les textes et la performance que Jay-Z déçoit. On n’a rien contre quelques lignes d’égotrip et des punchlines bien senties mais là on frise l’arrogance. Les lyrics sont parfois consternants d’auto-satisfaction et disons le tout net d’une suffisance plus qu’agaçante. De plus son flow n’est plus aussi limpide qu’auparavant. S’il n’écrit toujours pas ses textes, le robinet vocal à la poignée qui grince à présent. Peu de fluidité, une voix parfois trop forcée qui essaie de sonner plus jeune et des clins d’oeil trop récurrents aux super héros. Peu rassurant. Pour ne rien arranger il semble vraiment manquer de conviction quand il s’attaque à des sujets qui se veulent plus grave à l’image du risible Hollywood (Featuring Beyonce, essayez au moins d’avoir l’air surpris) où il relate la décadence d’un star lui ressemblant étrangement. Même constat avec l’hommage en carton rendu aux victimes de l’ouragan Katrina sur Minority Report. L’album se conclut avec une incursion dans le monde du rock avec Beach Chair, produit par le membre de Coldplay, Chris Martin qui signe également le refrain. Une collaboration surprenante, déroutante qui achèvera de dégouter les puristes et autres fans de la première heure.

Ce retour en demi-teinte s’avère comme prévu une excellente opération commerciale (680.000 copies écoulées dès la première semaine) mais recevra un accueil critique plutôt froid. Jay-Z est toujours à la retraite, son clone President Carter ne semble pas encore en mesure de lui succéder. Motif trop peu ancré à la rue, trop arrogant, trop prétentieux, totalement imbu de sa personne, limite condescendant. Pour revoir le véritable Hova, si tant est qu’il refait surface un jour, il faudra encore attendre. Ce n’est en tout cas pas avec ce disque qu’il faut espérer le retrouver.

15/20

Tracklist

# Title Producer(s) Samples Time
1 « The Prelude » B-Money 2:44
2 « Oh My God » Just Blaze 4:18
3 « Kingdom Come » Just Blaze 4:24
4 « Show Me What You Got«  Just Blaze 3:43
5 « Lost One » (featuring Chrisette Michele) Dr. Dre, Mark Batson 3:44
6 « Do U Wanna Ride » (featuring John Legend) Kanye West 5:29
7 « 30 Something«  Dr. Dre 4:13
8 « I Made It » DJ Khalil 3:28
9 « Anything » (featuring Usher & Pharrell) The Neptunes 4:22
10 « Hollywood » (featuring Beyoncé) Syience 4:18
11 « Trouble » Dr. Dre, Mark Batson 4:53
12 « Dig a Hole » (featuring Sterling Simms) Swizz Beatz
  • Samples copyrighted material under license from Tappan Zee Records, Inc
4:11
13 « Minority Report » (featuring Ne-Yo) Dr. Dre 4:34
14 « Beach Chair » (featuring Chris Martin) Chris Martin 5:09
15* « 44 Fours » (live from Radio City Music Hall) Lou Reed 3:36

About - Journaliste indépendant et chroniqueur musical, Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d’informations.

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