The Wire et le monde du rap

By on 14 juin 2011

On ne le répètera jamais assez The Wire fait partie des meilleures séries jamais diffusées sur le petit écran. Cette plongée dans la face sombre du rêve américain est à n’en point douter un évènement qui n’a pas fini de faire parler et d’inspirer. L’ultra-réalisme de la série aidant, elle a eu la particularité de coller plus qu’aucune autre auparavant au quotidien de ces quartiers difficiles où sexe, drogue, violence et welfare constituent le quotidien; ces ghettos délaissés par les autorités où tous les vices trouvent leur terrain d’expression et qui sont régis par la seule volonté des caïds locaux et de leurs hommes de main. En d’autres termes ce cauchemar américain si brillamment décrit par nombre de livres et de chansons.

En tant que genre musical particulièrement proche de la rue, le rap plus que les autres est celui dont la réalité se rapproche le plus de ce que les téléspectateurs qui auront suivi de bout en bout le show de David Simon et Ed Burns auront vu.  Je ne parle pas ici du rap jiggy ou du mainstream actuel qui n’a jamais aussi bien porté son étiquette de réalité fantasmée que ces dernières années, mais bien de ce rap qui se fait le témoin du quotidien du MC et qui porte en lui les stigmates de la condition de ce dernier. La révolution ne sera peut-être pas télévisée mais la vision sombre et parfois pessimiste de la vie de ces oubliés de l’American Dream aura au moins connu sa transposition sur petit écran avec une telle force qu’on en vient à oublier qu’il s’agit d’un quotidien plus ou moins théâtralisé pour les besoins du show. A ce titre entre la série HBO et le rap il n’y a qu’une mince frontière allègrement franchie par les deux mondes (celui de la musique et celui du cinéma) comme on le verra par la suite.

La corrélation entre The Wire et le rap est d’ailleurs assez évidente. Outre les similitudes au sujet du fond, l’un a souvent servi d’adjuvant à l’autre. A ce titre quelques MC’s de renom (Fredro Starr d’Onyx et Method Man du Wu-Tang Clan) tiendront de petit rôles dans la série. Ajoutons à cela la bande-son de la série résolument hip-hop, le style vestimentaire des personnages qui fait la part belle au streetwear (notons également que pas mal de marques en ont plus ou moins profité pour gagner en exposition, de Karl Kani à G-Unit Clothing, en passant par Enyce et Timberland) et les histoires centrées autour de ces corner boys qui peuplent les ghettos américains qui sont dans la droite ligne des récits que les rappeurs se plaisent à poser sur disque depuis plus de deux décennies.  Ces deux univers aussi proches que différents ne pouvaient rester indépendants l’un de l’autre. Les intrusions des acteurs de la série dans le rap game se feront de plus en plus nombreuses par le biais des vidéos servant à illustrer tel ou tel titre notamment, voire plus loin pour certains des acteurs qui en plus de se lier d’amitié avec quelques acteurs majeurs du mouvement hip-hop entreprendront également de faire carrière dans le milieu. C’est ce que révèle le petit tour d’horizon qui suit.

 

IDRIS ELBA


L’interprète du charismatique Stringer Bell a vu sa carrière décoller après avoir joué dans cette série. Ce que beaucoup ignorent est qu’en plus de son talent d’acteur Idris Elba a une autre corde à son arc: celle de DJ sous le nom de DJ Big Driis ou Big Driis The Londoner. Il a d’ailleurs eu l’occasion d’exercer lors d’une des fêtes organisée à l’occasion du NBA All Star Game en 2007 à Las Vegas. Mais c’est bien le micro qui attire l’acteur anglais. Il sortira un EP de quatre titres Big Man en 2006. après avoir annoncé la sortie d’un EP de six titres Kings Among Kings en 2009, il livrera finalement un autre EP High Class Problems Vol.1 en 2010. Le seul souci étant que le disque n’est sorti qu’au Royaume-Uni.

Voici une de ses dernières vidéos le mettant en scène avec une espèce d’ersatz de Bro’ Mouzone.


Mais là où il marque le plus comme c’est bien entendu quand il apparait comme invité de choix dans des vidéoclips. Son charisme aidant il joue tout naturellement un rôle sur mesure dans le clip Respect My Conglomerate de Busta Rhymes.


 

FELICIA PEARSON


A la différence des autres acteurs de la série, Félicia Pearson joue quasiment son propre rôle conservant même son nom de rue « Snoop » et sa véritable identité dans la série. Cette ex-détenue a rapidement franchi le pas et a demarré une carrière de rappeuse aux côtés de Tony Yayo sur It’s A Stickup, une vidéo d’ailleurs largement influencée par The Wire.


Felicia Pearson a également annoncé une tape I Am The Feature et un single I’m Famous. Amie avec Rick Ross elle a signé également des apparitions dans quelques-unes de ses vidéos.



 

TRAY CHANEY


L’interprète de Malik « Poot » Carr s’est lui aussi essayé avec moins de succès au mcing. Sa performance ne marquera pas les annales et il y a fort à parier que ce single n’aura pas de successeur avant un moment.


 

Si ces trois acteurs ont choisi de passer de l’autre côté du miroir (quoiqu’ils y étaient déjà pour les deux premiers cités), les autres acteurs ont préféré se cantonner à ce qu’il savaient faire de mieux a savoir jouer des rôles. Et de la série télévisée au vidéos il n’y a qu’un pas allègrement franchi par l’essentiel des figures de la série.

 

WOOD HARRIS


Celui qui a campé le personnage du caïd Avon Barksdale signe une apparition dans ce clip plus que théâtralisé de Common. S’il ne se bat pas pour ses coins de rue et son organisation dedans il n’en demeure pas moins captivant dans son rôle de condamné, restant ainsi dans la droite ligne de la série.


 

LANCE REDDICK


L’homme qui donna vie à Cedric Daniels conserve sa panoplie de policier pour cette vidéo du hit de Jay-Z et Beyoncé. A l’image de nombre des acteurs de la série il incarne un personnage dans la lignée de son rôle.


 

HASSAN JOHNSON


Avant de camper avec brio Roland « Wee Bey » Brice, Hassan Johnson avait déjà été coutumier du monde du hip-hop. Les plus avertis se rappellent de son rôle dans le film de Hype Williams (le fameux réalisateur de clips) Belly aux côtés de Nas et DMX. Par la suite on le verra en braqueur trahi dans Snitch d’Obie Trice ou en victime de 50 cent dans Just A Lil Bit, sans oublier sa brève apparition dans le très « Wiresque » What We Do de Freeway. Mais il faut avouer que son personnage de fils modèle dans Anything de Jay-Z est assez bluffant, bien que la vidéo aie été réalisée avant le début de la série.



 

MICHAEL KENNETH WILLIAMS


Personnage phare de la série, Omar Little aura marqué tous les téléspectateurs tant par sa repartie que par sa malice (dans tous les sens du terme). Michael K. Williams aura certainement un peu de mal à se défaire de l’image du gangster gay qu’il a si bien su incarner. Il faut malgré tout avouer que les rôles de gangster lui vont plus que bien au point que seuls les plus avertis se rappellent de son apparition (à l’époque où il était encore danseur) dans le clip Secret de Madonna. Outre sa performance dans le film Killa Season de Cam’ron ainsi que dans le film Bullet aux côtés de 2Pac , il signe lui aussi une apparition dans What We Do de Freeway. Assassin de Young Jeezy, ennemi de Trick Daddy ou quémandeur de feu à Sheek Louch, il garde ce charisme qui a fait d’Omar l’une des personnalités les plus attachantes de The Wire.




 

J.D. WILLIAMS


Celui qui a incarné le streetcat Preston « Bodie » Broadus a plus que ses collègues de la série signer des apparitions remarquées dans de nombreuses vidéos. Du Never Leave You de Lumidee au tristounet I Miss You en hommage à Aaliyah en passant par le Through The Rain de Mariah Carey, il n’a pas hésiter à sortir de son personnage de la série, contrairement à la plupart des autres acteurs de The Wire. Même si d’une certaine façon il est comme eux plus ou moins prisonnier de son personnage. On le verra cependant dans Ghetto Gospel de 2Pac ou il tient le rôle principal, en associé de Prodigy dans Stuck On You, en difficulté avec la police dans Breathe et What We Do et plus surprenant en balance dans Lord You Know de Cam’Ron.




 

TRISTAN WILDS


Plus connu sous le nom de Michael Lee à l’écran , c’est dans ce registre qu’il apparait dans la vidéo de Roc Boys de Jay-Z, histoire de donner plus de crédit au personnage du nephew. Il apparait également dans Ghetto Mindstate de Lil Flip et plus récemment dans  Teenage Love Affair d’Alicia Keys ainsi que dans le clip Pretty Girls de Wale (qui soit dit en passant est le cousin de Gbenga Akinnagbe, l’interprète de Chris Partlow).




 

BONUS

Je l’ai évoqué plus d’une fois tout au long de cet article. La vidéo qui est à n’en point douter la plus proche de l’esprit de The Wire est celle de What We Do de Freeway. Dans un décor sombre partagé entre rues et docks, il semble se situer au confluent des deux premières saisons en plus de compter des apparitions de protagonistes de la série. Si Wee Bey (Hassan Johnson) reste discret, on retrouve Michael K. Williams, J.D. Williams dans des rôles calqués sur ceux qu’ils tiennent dans la série, mais aussi Andre Royo (qui joue Reginald « Bubbles » Cousins) et Corey Parker Robinson (interprète de Leander Sydnor).


 

About Street Poet

Journaliste indépendant et chroniqueur musical, Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d’informations.

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