Albums Rap US de l’année

By on 2 janvier 2012

Une année s’est terminée, une autre vient de commencer, c’est l’heure des traditionnels bilans. Comme chaque année il est temps d’évoquer les projets marquants de l’année écoulée, mais aussi les plus décevants. Pour cette session j’ai préféré joué la carte de la précision. Plutôt que de réunir sous une même bannière tous les projets, j’ai pris le parti des les aborder dans des articles séparés. Aussi les mixtapes et le EP bénéficieront d’un traitement qui leur sera propre dans des billets tiers. Je me bornerai ici à n’aborder que les longs formats.

Question bons albums l’année ne fut pas particulièrement riche. Beaucoup de sorties mais au final peu de produits au niveau. Une fois écartés les EP et les mixtapes, l’éventail des satisfactions se réduit comme peau de chagrin, au point qu’il est difficile de citer de tête dix albums qui auront marqué l’année en rap US. Toutefois quelques satisfactions sont tout de même à noter comme nous pouvons le voir plus bas.

Kendrick Lamar – Section.80

Incongruité ou signe des temps, l’un des meilleurs disques de l’année n’a pas bénéficié de sortie physique. En effet Section.80 n’est disponible qu’en version digitale et ne semble pas prêt d’avoir une version CD en dépit des excellents retours du disque. Il faut dire que cet album en a surpris plus d’un. Le membre de Black Hippy avait certes sorti une bonne tape l’an dernier (Overly Dedicated) et figurait dans la très contestable liste des Freshmen 2011 établie par XXL, mais personne n’aurait pu prévoir qu’il exploserait à ce point. Après avoir étalé sa dextérité lors de divers featurings, c’est avec ce projet qu’il met le microcosme à ses pieds. Kendrick n’est pas un spitteur d’exception, n’a pas les meilleures punchlines du milieu et encore moins les textes les mieux écrits, mais il est constant, au-dessus de la moyenne du moment dans chacune de ces catégories et maitrise parfaitement ses qualités. De plus il sait choisir ses productions, ce qui rend son disque incroyablement homogène et remarquablement construit.

The Roots – Undun

Comme à l’accoutumée The Roots livre un projet de plus sans fioritures. Sans fondamentalement changer sa recette, le band s’est essayé à la formule du concept avec ce projet et le résultat est plus que réussi. Articulé autour de la narration de la vie du jeune Redford Stephens, ils nous offrent une plongée dans la vie des quartiers défavorisés et des tribulations de cette jeunesse désaxée qui n’a jamais réellement trouvé ses repères. Autre singularité, la structure de l’album épouse celle des vidéos des différents titres qui prolongent par l’image la mise en scène du destin tragique de leur héros sans pour autant sombrer dans un manichéisme naïf. Ajoutons à cela une orchestration toujours aussi irréprochable et on obtient un disque de choix.

Pharoahe Monch – W.A.R.

Muet depuis son album Desire, Pharoahe Monch sort de sa réserve et livre un disque qui répond totalement aux attentes de sa fan base. Si l’ex-moitié d’Organized Konfusion n’est pas le MC le plus prolifique du milieu (trois solos sortis en 13 ans), il demeure par contre un de ceux qui n’auront jamais déçu. Porté par des productions de choix usinées par Marco Polo, Diamond D, Exile ou M-Phazes, We Are Renegades s’inscrit dans la durée avec des textes forts aux antipodes de la course au swag et au gimmick abêtissant qui ont gangrené la production rapologique cette année. Un album relativement court mais dense, envoutant et doté d’une cohérence époustouflante. De très loin la meilleure sortie du début d’année.

Evidence – Cats & Dogs

Fiévreusement attendu par les fans de Dilated Peoples, ce deuxième solo d’Evidence aura mis du temps à arriver mais mettra quasiment tout le monde d’accord par sa cohérence.Il faut dire que la liste des collaborateurs ( The Alchemist, DJ Premier, Sid Roams, Twiz The Beat Pro à la production et Prodigy, Roc Marciano, Ras Kass, Raekwon, Slug, Lil Fame de M.O.P., Krondon, Aesop Rock, Termanology, Aloe Blacc au micro) avait de quoi faire saliver et susciter de grandes attentes. Et bonne nouvelle tout le monde fut au rendez-vous. Magistralement produit, excellemment rappé, doté d’une réelle identité, ce projet est une réussite totale.

DJ Quik – The Book Of David

On pensait un peu naïvement que DJ Quik avait définitivement raccroché le micro pour se focaliser sur son travail de producteur. Et pourtant six ans après son dernier album solo Trauma, il revient dans les bacs avec un projet dans la lignée de ce à quoi ils nous avait habitué préalablement et intégralement produit par ses soins. Les ambiances funk sont toujours de la partie et si le propos ne sort pas des sentiers battus, l’ensemble s’avère toujours aussi prenant. La liste d’invités est pléthorique (Quiksta n’est seul que sur quatre des dix-sept titres qui composent l’album) mais bienvenue. La quasi-totalité se mettent au diapason et se gardent de tirer l’album vers le bas. Un retour réussi dont devrait s’inspirer bien d’autres old timers.

Apathy – Honkey Kong

Il en aura mis du temps à enfin concrétiser les espoirs placés en lui, mais heureusement tout vient à point à qui sait attendre. Si jusqu’alors la discographie du producteur-rappeur avait plutôt tendance à justifier son pseudonyme, il est clairement passé à la vitesse supérieure avec cette troisième livraison, largement plus consensuelle que les décevants projets de ses proches (Jedi Mind Tricks et Slaine en tête). Entouré d’invités décisifs (Ill Bill, Slaine, Vinnie Paz, Action Bronson, Celph Titled, Esoteric, General Steele de Smif-N-Wessun, Mad Lion, Xzibit, Reef The Lost Cauze…) et de collègues producteurs venus en renfort (DJ Premier, Vanderslice, Stu Bangas, Evidence, Da Beatminerz, Statik Selektah, DJ Muggs…) Apathy redresse admirablement la barre et tire son épingle du jeu. Sans atteindre des sommets, Honkey Kong est un disque fort sympathique qui mérite une oreille attentive.

CunninLynguists – Oneirology

Après le très bon solo de Kno Death Of Silence, les CunninLynguists reviennent avec un nouvel album qui reprend leur évolution musicale là où on l’avait laissée après le dernier projet. Comme souvent(toujours?) avec eux les productions sont de qualité et le rendu est aussi somptueux que sa pochette. On se retrouve dans cet univers qui nous est si familier depuis Will Rap For Food. Éclectique et inspiré ce nouvel effort perpétue la tradition des Cunnin et prolonge une discographie jonchée de réussites.

G-Side – The One….Cohesive

Inconnu du grand public, ce duo originaire de l’Alabama a signé un des albums les plus frais de l’année. En dépit de leur origine géographique il ne jouent pas dans la cour du rap sudiste auquel nous avons droit depuis bientôt dix ans, tant au plan instrumental que lyrical. A mi-chemin entre le son du sud et celui de la côte ouest, il apporte une dimension supplémentaire portée par les excellentes productions des Block Beataz. Une réussite tout ce qu’il y a de plus inattendue qui s’avère plus que plaisante. A consommer sans modération.

About Street Poet

Journaliste indépendant et chroniqueur musical, Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d’informations.

One Comment

  1. Aladin

    23 février 2012 at 3 h 32 min

    Je ne connaissais pas G-Side. Je vais me pencher sur leur disco voir.

Laisser un commentaire