Les mixtapes US de l’année 2011

By on 28 janvier 2012

Devenue un outil de promotion à part entière, la mixtape a su passer outre son format bâtard pour se muer en élément de poids dans la carrière des rappeurs. Qu’elles servent à meubler le temps entre deux projets, à se faire un nom ou à relancer une carrière sur le déclin, elles affichent leur singularité et sont à ce jour les sorties les plus régulières du game, loin devant les albums et autres EP. Si elles s’avèrent dans leur ensemble assez inégales, quelques-unes sont cependant de très bonne qualité et parfois même supérieures aux projets officiels de leurs interprètes. Cette année nous avons comme toujours été servis en quantité et au final seuls quelques projets auront retenus notre attention. Voici pour vous une sélection des meilleures mixtapes de l’année.

Stalley-Lincoln Way Nights

Les tapes de Stalley sont souvent de qualité, ce qui a fait naître énormément d’attentes à son sujet, surtout qu’il ne cesse de progresser au fil des années. Sa livraison de l’année Lincoln Way Nights a été construite sur les bases de ce qui devait être son premier album Intelligent Trunk Music (raison pour laquelle la tape porte ce sous-titre) et on en vient presque à regretter que ce ne soit pas directement sorti comme album officiel. Elle est de très très bon niveau. A l’aise sur tous les instrumentaux, affichant une facilité à trouver le flow juste assez impressionante, Stalley livre peut-être le meilleur projet de sa jeune carrière. Si à la faveur de sa signature chez Maybach Music Group, ce set à été réédité, on espère franchement qu’il gardera le cap et livrera enfin un album à la hauteur de ses possibilités microphoniques.

Big K.R.I.T. – Return Of 4eva

Passé de statut de quasi-inconnu à espoir attendu en l’espace d’une année, le rappeur-producteur Big K.R.I.T. a profité des retours plus que positifs de son effort précédent (l’excellent K.R.I.T. Wuz Here) pour sortir de l’ombre et placer ses instrumentaux sur les projets de Wiz Khalifa, Ludacris, Freddie Gibbs mais surtout Smoke DZA. Pour son retour il a continué sur sa lancée avec un Return Of 4Eva de très bonne qualité. Quoique légèrement inférieure à K.R.I.T. Wuz Here, c’est une véritable réussite, tant instrumentale que rapologique. Cette tape aura largement comblé les attentes au sujet de K.R.I.T. qui peut déjà voir la vie en rose pour son premier album officiel Live From The Underground attendu pour 2012.

Lloyd Banks – Cold Corner 2

Autant il s’avère décevant sur ses albums, autant Lloyd Banks s’illustre de façon positive sur ses mixtapes. Sans doute libéré de la pression inhérente à la réalisation d’un projet en format officiel, le lieutenant de 50 Cent retrouve toute sa verve et livre le meilleur de lui-même sur tapes. Ce Cold Corner 2 ne déroge pas à la règle. Pour ceux qui doutaient de ses qualités de spitteur, il remet admirablement les pendules à l’heure en délivrant au passage des punchlines biens senties. Posé, efficace, percutant, c’est du Banks en forme optimale, rattrapant parfaitement la déception du peu inspiré Hunger For More 2. De là à affirmer qu’il n’est qu’un rappeur de mixtapes, il n’y a qu’un pas.

50 Cent – The Big 10

Les années et le déclin de l’empire G-Unit ont été peu profitable à l’ami Curtis qui s’il conserve un statut dans la presse people et généraliste peine à remettre sa carrière en selle. En quête perpétuelle de buzz, il aura marqué l’année avec ses série de leaks mais c’est la sortie de cette mixtape anniversaire de son 50 Cent Is The Future qui aura mis les plus sceptiques d’accord. Plutôt brève elle illustre la quintessence d’un 50 qui n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il se frotte à des thématiques moins grand public. Une très bonne surprise prouvant à tous que Fiddy n’est pas encore enterré. Si son cinquième album emprunte le chemin de Thug Motivation 103 avec ses incessants reports, ce projet fait mieux qu’aider à patienter.

L.E.P. Bogus Boys – Now Or Neva

Inconnu du grand public, le duo chicagoan s’est imposé comme l’une des attractions de l’underground, entretenant son buzz via des apparitions remarquées en featurings et des projets irréprochables. Cette année ils ont réalisé un come-back fracassant avec leur excellente mixtape Now Or Neva présentée par DJ Green Lantern. Livrée lors d’une journée particulièrement riche en sorties (le jour d’Halloween), elle s’est avérée être la meilleure de toutes. Bien produite (on retrouve J.U.S.T.I.C.E. League, Hit-Boy ou Frank Dukes aux manettes), excellemment prestée, c’est un sans-faute comme on aimerait en voir plus souvent. Gageons que L.E.P. Bogus Boys confirme enfin avec un premier album officiel.

eLZhi – Elmatic

Reprendre l’un des disques les plus mythiques de l’histoire du rap est loin d’être un exercice évident mais ce projet parfaitement réalisé est à ranger parmi les meilleures initiatives du genre. Il est vrai qu’on attendait impatiemment de voir la tournure que prendrait la carrière d’eLZhi après la fin de Slum Village, et le savoir reprendre du service avec ce projet n’avait pas forcement rassuré ses fans. Finalement les craintes se sont avérées infondées. Sans atteindre les sommets d’Illmatic, cette réinterprétation de cet album est fichtrement bien réalisée et apporte même une plus-value insoupçonnée. De quoi laisser entrevoir un futur radieux pour eLZhi.

Curren$y – Verde Terrace

curren$y verde terrace

Si 2010 avait été l’année Curren$y, il n’aura pas baissé le pied en 2011 avec une flopée de projets plus ou moins percutants. Avec trois sorties majeures, il a néanmoins trouvé le moyen de finaliser une mixtape balancée entre deux disques. Ce Verde Terrace est dans le plus pur esprit de ce à quoi nous a habitué Spitta. Atmosphère enfumée, flow nonchalant, bonnes instrus, tous les ingrédients sont là et même si ça ne renouvelle pas le genre et qu’elle n’atteint pas le climax de l’excellent Covert Coup, Verde Terrace est tout de même un projet sympathique au contenu tutoyant celui de ses albums dont il se pose comme parfait complément.

Cam’ron & Vado – Boss Of All Bosses 3

Boss-Of-All-Bosses-3-1

Annoncé comme sur le déclin, voire moribond, le Dipset est toujours là et s’il n’a plus la même influence que par le passé il continue de tirer son épingle du jeu. Si Jim Jones et Juelz Santana sont de plus en plus à la ramasse, Killa Cam garde heureusement le cap et son association avec la jeune recrue Vado porte à bout de bras le crew. Ce troisième volet de leur série de tape Boss Of All Bosses rassure sur les capacités des deux intéressés qui font montre d’une belle alchimie. Un must pour les fans de Cam’ron. Si Vado aura eu plus de difficultés à convaincre avec le deuxième volume de Slime Flu, il aura heureusement fait mieux que tenir son rang lors de cette escapade de plus avec son mentor.

Overdoz – Live For, Die For

Si la côte est semble plus que jamais en léthargie, peinant à réellement se renouveler, l’ouest lui par contre est plein renouveau. Outre la confirmation du collectif Black Hippy, quelques nouveaux groupes ont fait leur apparition, démontrant la vivacité de cette scène injustement mésestimée de ce coté-ci de l’atlantique. On retrouve ainsi parmi ces rappeurs sans couronne, la surprenante formation d’Overdoz. Mélangeant allègrement rap et r&b avec brio, ce groupe de jeunes épicuriens affiche un son frais et peu commun qui se démarque de la majeure partie des productions d’outre-atlantique. Une singularité qui rend ce Live For, Die For avant-gardiste encore plus appréciable. Reste à espérer que l’essai soit transformé.

Gods’illa – CPR BlendTape

Une des bonnes surprises de l’année. Il n’y a pas grand-monde qui attendait ce trio underground au potentiel certain. Leur mixtape CPR BlendTape présenté par Erykah Badu (rien que ça) a fait évoluer leur statut et ils se posent dorénavant en futures valeur sures. Il faut dire que ce projet a tout pour séduire les amateurs de spittin à l’ancienne et les nostalgiques des années 90. Pas d’atermoiements, de concepts foireux ou de compromissions commerciales, c’est du rap brut de décoffrage qui débloque les nuques dès les premières mesures sans avoir recours à l’artifice du banger. Une tape lourde à tous points de vue à ranger parmi les indispensables de l’année.

ScHoolboy Q – Setbacks

L’année a été plutôt riche pour le collectif Black Hippy. Si Jay Rock a enfin pu sortir son album, Kendrick Lamar a lui livré un des meilleurs projets de l’année avec le costaud Section.80. Troisième élément de ce quatuor, ScHoolboy Q aura lui aussi tiré son épingle du jeu avec une mixtape plus que correcte. Setbacks est un projet enfumé, flamboyant et plutôt captivant qui convaincra sans mal les amateurs du groupe californien. Pas la meilleure tape de l’année mais du très bon sur lequel il serait malvenu de cracher.

About Street Poet

Journaliste indépendant et chroniqueur musical, Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d’informations.

6 Comments

  1. Trunks

    29 janvier 2012 at 16 h 36 min

    Ouah y en pas mal que j’ai ratées dedans. Gods’illa et Overdoz j’en avais jamais entendu parler.

  2. Quentin

    29 janvier 2012 at 16 h 38 min

    Du lourd ces tapes. Le Gods’illa et le Stalley défoncent tout. Mes préférés de l’année.

  3. Bboy

    29 janvier 2012 at 16 h 44 min

    1. Elmatic
    2. Stalley
    3. Gods’illa
    4. L.E.P. Bogus

    Ce sont les tapes que je retiens ds l’année. Pas trop kiffé la KRIT

  4. Coca

    29 janvier 2012 at 16 h 49 min

    J’aurais mis celle de Asap Rocky même si ça sonne pas trop NY. The Real Is Back de Jeezy aussi tuait.

  5. Everydays

    29 janvier 2012 at 16 h 56 min

    La jeezy c’est de la boucherie. Elle mérite le top. Celle qui m’a surpris c’est la LLOYD BANKS. Le mec sur album c’est une quiche mais en tape il envoie du balèze.

  6. Johnny chien méchant

    29 janvier 2012 at 17 h 59 min

    Finalement j’ai peut-être eu tort de pas écouter celles de 50 et Lloyd B.

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