G-Unit, de la gloire à la décadence

2003, surfant sur la vague du succès de son leader et porte-drapeau 50 Cent, la G-Unit fait une entrée fracassante dans le rap game mainstream en paradant sur les singles de ce dernier. S’imposant rapidement comme l’un des crews avec lesquels il faudra compter, Fiddy et ses acolytes tirent pleinement bénéfice de leur exposition médiatique et livrent dans la foulée un premier album efficace, serti de singles aussi rutilants que les blings qu’ils exhibent fièrement et annoncent clairement leur intention de régner sans partage sur le milieu.

2012, le vent semble avoir bien tourné pour la bande à 50 Cent. Revenue à sa configuration originelle après les évictions de The Game en 2005 puis de Young Buck en 2008, la formation peine à exister face aux nouveaux crews tels que Young Money par exemple. De plus son étoile commerciale a considérablement pâli. Élément le plus en vue du groupe, Fifty éprouve toutes les peines du monde à se faire du buzz et doit se rabattre sur des séries de leaks et des coups d’éclat médiatiques pour attirer l’attention. Ses généraux quant à eux sont dans le flou. Lloyd Banks fait ce qu’il peut pour rester dans la course mais a été oublié du grand public et Tony Yayo n’ayant jamais fait l’unanimité, il est déraisonnable d’espérer qu’il redore le blason de la team. La situation est telle qu’à ce jour la G-Unit est pratiquement devenue un groupe underground. Comment un crew qui a dominé le rap game cinq années durant à t-il pu tomber aussi bas?  Pourquoi une locomotive de cette envergure a t-elle pu foncer dans le mur?  Petit retour sur l’histoire de la G-Unit.

1. La prise de pouvoir

Tout avait pourtant bien commencé pour la G-Unit. Enrichi par l’intégration de Young Buck, le désormais quatuor est sur toutes les lèvres à la suite de la sortie du classieux Get Rich Or Die Tryin’ de 50 Cent. Fort d’une présence remarquée dans le milieu grâce à leurs accointances avec l’équipe de Shady Records, le collectif se distingue également par une côte des plus élevées au buzzomètre grâce a des apparitions remarquées sur diverses mixtapes. Hyperactif et prolifique, il se fait définitivement un nom et consacre sa prise de pouvoir par la sortie de son premier album Beg For Mercy en 2003. Tony Yayo a beau être incarcéré à cette époque, ses partenaires font mieux que se défendre et prennent le game en otage à coups de singles plébiscités sur les ondes.

Par la suite les différents membres feront leurs grands débuts en solo. Premier de cordée, Lloyd Banks marque les esprits avec son album The Hunger For More en 2004. Lequel profitera du buzz du groupe pour se vendre à plus d’un million d’exemplaires. L’album du sudiste Young Buck, Straight Outta Ca$hville  connaitra  le même sort. Enfin le premier album de The Game, la dernière recrue en date s’évaporera littéralement dans les bacs grâce au parrainage de Dr. Dre. Sans être le crew le plus doué derrière le micro la G-unit est celui qui sait le mieux se vendre et sa domination est sans partage.

2. Clashs et premiers couacs

Tout n’est cependant pas rose pour la G-Unit si le groupe vend énormément de disques, il s’attire proportionnellement pas mal d’ennemis. Le crew règne sur le game mais ses détracteurs soulignent la faiblesse de leurs lyrics trop axés sur le culte du matériel. En plus sa musique se veut la plus accessible possible, portée par des bangers flamboyants. Ce qui à terme aura pour effet de leur faire connaitre un succès largement au-delà des sphères du hip-hop. Un fait qui ne sera pas bien vu par une partie des auditeurs habituels de rap, toujours prompts à dénoncer toute compromission commerciale. Les G-Unit Soldiers n’en auront cependant cure, claironnant à qui veut l’entendre que seules importent les ventes.

Cependant l’arrogance affichée par ses membres, 50 Cent en premier, ne fait que renforcer les inimitiés à son sujet. De plus les déclarations tapageuses et leur tendance à railler leurs pairs en font l’un des crews les plus détestés du milieu en l’espace de quelques mois. En conflit avec d’autres rappeurs et groupes (Ja Rule, Fat Joe, Bang’Em Smurf & Domination pour ne citer que quelques-uns), ils utiliseront l’arme du clash de façon abusive. Devenus dès lors l’objet de toutes les attentions, leur omniprésence scindera les auditeurs en deux groupes: les pro et les anti-G-Unit. Résultat aucun des projets suivants ne sera jugé à juste titre. Les passions aidant, tous ces disques ne seront que rarement pris pour ce qu’ils sont réellement, bien que les ventes demeurent mirifiques et qu’ils soient loin d’être foncièrement mauvais. Conséquence les deuxièmes albums solos subiront les foudres d’une critique peu objective qui ne retiendra pour l’essentiel que les singles grand public. A contrario la presse généraliste encensera ces projets qui sont pourtant loin d’êtres aussi géniaux qu’elle le laisse entendre. Le deuxième effort solo de 50 cent, The Massacre, ne fera pas l’unanimité mais se vendra tout de même très bien.Les grands débuts de son porte-flingues Tony Yayo seront eux un échec. Son Thoughts Of a Predicate Felon n’atteindra pas le million et la faiblesse microphonique de son auteur aidant il sera boudé, à juste titre cette fois-ci, par la critique et descendu en flammes par les haters du crew. Ce sera le premier couac majeur de cette machine bien huilée. Celui de Lloyd Banks The Big Withdraw sera victime de piratage et il devra sursoir à sa sortie et se remettre à travailler sur un autre projet qui deviendra Rotten Apple son deuxième album. Il connaitra moins de succès que son premier opus et ce semi-échec commercial consacrera le déclin progressif du crew. Seul Young Buck parviendra à tirer son épingle du jeu avec son deuxième disque Buck The World en adoptant une couleur sonore typiquement sudiste et ce malgré des ventes en baisse là aussi.

3. Le déclin

En 2007, la G-Unit est toujours aussi influente mais le colosse montre des signes de faiblesse. Le moteur tourne à vide et le carburant manque. Le crew peine à se renouveler et sa côte de détestation est à son paroxysme. Conscient de cela 50 Cent compte sur son troisième album pour redorer le blason et relancer la machine. Commercialement Curtis sera une réussite comparé aux disques des autres membres du groupe, mais cet album ultra-critiqué à cause de choix artistiques contestables cristallisera toutes les rancœurs au sujet de cette équipe décriée pour sa suffisance. Passons l’opération commerciale déguisée en guerre de ventes contre Kanye West, Fifty semble avoir perdu de sa superbe. Le groupe pense cependant se reprendre grâce à son deuxième album collectif, Terminate On Sight. En attendant sa sortie, il remporte son beef contre ce qui reste de Fat Joe, éjecte Young Buck coupable d’insubordination,  et retrouve de la voix dans la presse, annonçant un disque qui fera date. Terminate On Sight fera effectivement grand bruit et marquera pour sa médiocrité. Incendié par la critique, boudé par les fans en raison d’une couleur musicale pas assez grand public et plombé par des performances lamentables, ce disque sera un échec sur tous les plans. La promotion ne parviendra pas à sauver les meubles et le crew en sortira considérablement affaibli.

Devenu dès lors un groupe parmi tant d’autres, la G-Unit doit se battre pour continuer à rester en haut de l’affiche, sans grand succès. Seul 50 Cent reste tant bien que mal dans la lumière. Il éprouvera les plus grandes difficultés à marqueter son quatrième album Before I Self Destruct. Le grand public s’est détourné de lui, préférant les délires de Lil Wayne et de ses poulains Young Money ou les bangers trisomiques de Gucci Mane. Il devra se rabattre sur un beef avec Rick Ross pour perpétuer son buzz. Le disque sortira dans un relatif anonymat (on était bien loin de l’effervescence autour de ses trois premiers opus) et aura tout de même son petit succès. Par contre plus de GGGG-G Uniiiit balancés à l’emporte-pièce. L’échec de Terminate On Sight est toujours vivace et bien malin qui pourra dire si le crew reviendra un jour dans les bacs avec un album commun. En attendant chacun des membres essaie de se maintenir dans le game en dépit de la désaffection du grand public. Lloyd Banks a sorti un The Hunger For More 2 sans conviction en 2010 et Tony Yayo entend revenir avec un deuxième solo. Cependant la dynamique de groupe n’est plus et même un éventuel succès du cinquième album de 50 Cent a peu de chances d’inverser la tendance.

 

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L'Auteur

Journaliste indépendant et chroniqueur musical, Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d’informations.

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3 avis

  • Sicness

    Les dernières tapes de 50 sont bonnes malgré tout. Avant il faisait de la merde et tout le monde le suçait maintenant il sort du lourd et tout le monde s’en fout

     
  • Les dernières tapes de Banks butent aussi. Par contre Yayo rien à faire…

     
  • Mr Me Too

    La G-Unit c’est fini, faut se dire la vérité. Perso j’étais hater quand ils dominaient tout en 2004-2006, mais quand je vois la gueule de ces tafioles qui sont la nouvelle scène je regrette presque leur déclin.

    Très bon article sinon.

     
 

 

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