Publié le: dim, sept 27th, 2009

Booba-Temps mort

2000. Le rap français se découvre un nouveau monument : « Mauvais Œil ». Déjà consacrés avec des titres comme « Le crime paie » ou « Les vrais savent », Booba et Ali nous livraient ici une véritable ogive, une complémentarité aussi exemplaire que paradoxale entre le jour et la nuit, l’eau et le feu. Alors, l’annonce d’un solo de Booba en 2002 amène autant d’excitation que d’appréhension. Le côté sombre et hardcore de Lunatic aussi brillant soit-il pouvait-il tenir la durée d’un album sans la face claire et raisonnée que constituait Ali?

« Alors j’demande un temps mort parce qu’on s’fait niquer au score ; un flow d’porc j’suis là pour ouvrir d’autres portes ».
Dès l’intro, la réponse est cinglante et annonce la couleur : l’ourson est plus virulent que jamais et a bien l’intention de tenir la baraque. SA baraque. Celle montée sur punchlines et tapissée de métaphores en tout sens. Y pénétrer n’est pas aisé et il faut se préparer à supporter une vision crue, sanglante et déchirée de son univers. Ici ni morale, ni conscience. L’heure est au hardcore et à l’égotrip. Mais pas celui brouillon et sans âme des actuels streets cd que l’on peut trouver chez tous nos chers disquaires. Là, on reste pantois et admiratif devant une telle technique lyricale, celle qui fait de B2O l’un des meilleurs lyriciste, qu’on le veuille ou non.

« F.A.U.X débranche. Pé-sa en noir avec une faux j’contourne les MC à la craie blanche [....] un coup d’hanche et c’est l’ravin fait pas ton nid sur la branche d’un aigle ». Sur « Repose en paix », monumental couplet de 3min, le MC montre les crocs et annonce clairement à la concurrence où il veut en venir. « Le bitume avec une plume » qui suit ne fait que confirmer sa bonne santé et sa modestie « J’suis qu’un missile guidé par 45 ». On l’aura compris, son égo est surdimensionné.

Toutefois, cet aspect est laissé de côté le temps d’un titre et le monde de Booba laisse place à la vie d’Elie Yaffa sur le plus personnel et excellent « Ma définition ». Sur une instru qui commence, dénuée de kicks ou de caisses, laissant la mélodie agir pour mieux attirer notre attention, il nous livre ici sa meilleure prestation, suffisant à elle seule à convaincre les derniers sceptiques sur ses qualités d’écriture.

Côté production, là aussi c’est du bon, voire du très bon. 45 et Animal Sons se partagent le gâteau, dont la cerise ira à Fred Dudouet qui signe un sans-faute avec des prods très propres et très bien réalisées. L’intro éponyme et « Ma Définition » en sont les meilleurs exemples. Animal fait du très bon aussi avec « Repose en paix » notamment, mais semble légèrement en retrait tant Booba semble fait pour poser avec le 45. Quoi qu’il en soit, on a de la qualité, de quoi faire hocher les têtes des auditeurs et exploser celles des voisins ou des piétons.

Le défaut de l’album, il en fallait un, viendra des featurings. Les invités ne sont pas les premiers venus et les tracks ne sont pas mauvaises pour ainsi dire. Mais la frénésie de certains titres comme « Animals » ou « 100-8 Zoo » semblent hors de propos dans cet LP. « Sans rature » est le mieux réussi, grâce à la très bonne plume de Nessbeal, permettant à ce dernier de faire jeu égal avec son hôte le temps d’un morceau. Nessbeal mieux qu’Ali en featuring ? Ici, c’est bien le cas. On était en droit d’attendre une réelle fusion sur « Strass et paillettes », à l’image du séisme provoqué 2 ans plus tôt par les 2 compères. Il n’en est rien. Ce n’est pas du Lunatic, mais bien un Booba feat. Ali qui nous est servi, le premier se taillant clairement la part du lion, bien loin du format 1 couplet et demi chacun. Décevant ? Pour les plus nostalgiques, ça pourrait l’être, les autres s’en accommoderont très bien.

Sur la réédition, viendront se greffer « Interlude » et « Inédit », bien dans l’esprit. Ainsi que « Destiné », un feat rejeté par les fans de la première heure en raison d’un placement trop commercial. Rejeté à juste titre ? À chacun d’en juger.

Il n’en reste pas moins que la qualité est bien présente tout au long des 17 uppercuts, prouvant ainsi que l’auteur est capable de tenir tout un album en solo (ainsi qu’une carrière, on le verra plus tard…).

Rejoignant alors le cercle fermé des « classiques dès le premier solo » aux côtés de noms prestigieux, Booba signe ici son entrée fracassante au Panthéon du rap à l’aide d’un album… intemporel.

19/20

-Hokage-

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L'auteur

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