Publié le: lun, nov 16th, 2009

Ärsenik – Quelque chose a survécu

Le groupe phare du 95 avait empoisonné les auditeurs rap avec Quelques gouttes suffisent en 1998, réussissant l’exploit de réaliser le meilleur album de la meilleure année du rap franças avec ce premier album.
Quatre ans après, les deux frères Gaëlino et Calboni revenaient avec une toute nouvelle formule de l’elixir.
C’est sept ans plus tard que la rédac a désigné votre humble serviteur pour cette chronique. Pour faire original, enfin essayer de l’être, je me suis dit pourquoi ne pas demander l’avis des autres acteurs du mouvement HH français. Muni de ma carte 12-25, je traversai donc le territoire recueillir les réactions de ceux qui tournent dans nos iPod et autres auto-radios depuis des années maintenant.
Réunis autour d’un thé à la menthe et d’une bonne chicha Menthe Melon, ils se sont gentiment prétés au jeu, dans une ambiance bon enfant.

Passi, tu es le cousin de Lino et Calbo et coéquipier avec Bisso na bisso. Après avoir brillamment participé au premier jet quel regard portes-tu sur ce nouvel opus?
Très satisfait. Non pas que ce soit une affaire de famille mais je pense que les fans du groupe s’y retrouveront avec cet album. Le groupe n’a rien perdu de sa verve, toujours prêt à nous retourner les tripes avec des phases percutantes sorties tout droit de leur chaudron.

Quatre ans pour un autre album ça fait long quand même non?
(Akhenaton prend la parole) Oui mais l’important est justement de bien être sûr de faire du lourd après un tel classique. Il faut tavailler dur pour être encore à la hauteur. C’est ça qui différencie les grands rappeurs de ceux qui sortent des street cd tous les 5 mois

Là tu sembles plutôt justifier comme tu peux les 6 ans passés entre L’école du micro d’argent et Revoir un printemps
Ben… (Shurik’n intervient) En fait, Revoir un printemps devait sortir peu de temps après L’école, mais ils avaient mis la barre tellement haut en nous dépassant qu’on a été obligé de redoubler d’effort pour revenir au top, et forcément ça a pris du temps.

Wai là ça semble plus crédible comme explication (vous vous êtes tous bien fait péter le cul quand même avec ce premier opus…)
(Booba pose son verre de thé) Un peu que c’est justifié comme explication. Faut savoir que les mecs sont arrivés avec une technique de malade, surtout Lino, personne rappait comme ça à l’époque. Et c’est un ex-membre de Time Bomb qui te dit ça… Pour en revenir à l’album, là encore ils ont fait fort. Le groupe est toujours au taquet, toujours aussi incisif et hardcore comme on aime. Les mecs sont restés au-dessus du lot.

T’as visiblement été emballé, mais faut reconnaître que le public a eu du mal avec cette nouvelle formule du poison.
(Kéry se lance) C’est clair que ça nous a beaucoup changé. Les textes étaient moins « clairs » que sur le premier, il faut plus tendre l’oreille. Calbo est un peu moins technique qu’avant même si ça reste très bon; Lino lui c’est l’inverse, son nouveau flow et sa voix plus âcre montrent qu’il s’est amélioré. Les mecs ont évolué sur tous les points mais avec le recul j’ai le sentiment qu’il étaient en avance pour l’époque.
(Fabe le coupe) Je sais pas si on peut parler d’avance, mais c’qui est sûr c’est qu’il faut plusieurs écoutes pour bien apprécier l’album. Et dans un sens c’est normal. Si les mecs reviennent avec une photocopie nous on s’en bat les couilles. C’est de la musique pas un snack, tu peux pas resservir la même soupe à chaque fois, le public se lasse sinon

Ce qui explique aussi la « prise de risque » au niveau des prods.
(Shurik’n reprend) Prise de risque…Et pourquoi « prise de risque »? J’appelle pas ça comme ça. Les mecs sont arrivés avec de nouvelles idées, de nouvelles sonorités. Djimi n’est plus le seul producteur sur l’album et c’est très bien pour la diversité. Ils se sont entourés de quelques autres producteurs, dont Sulee B wax qui a fait un très bon taf, et le rendu est bon. Ca sonne parfois électro, parfois funky, c’est bien ça change. Tant que le groupe n’a pas perdu sa ligne de conduite on peut pas parler de prise de risque. Si on servait la même chose à chaque fois comme NTM le rap français tournerait en rond

C’est justement cette prise de ris…cette innovation qui a pu déranger les fans.
(Oxmo poursuit, un peu excédé) Ben wai mais faut savoir mon gars. A c’moment-là on fait un album et ciao on dégage…Non c’est pas ça le rap, faut sans cesse innover, chercher de nouvelles sonorités, de nouveaux horizons. Et c’est là qu’on verra qui écoute du rap et qui entend du rap. Faut chercher plus loin que la première écoute. L’oreille c’est seulement la porte d’entrée pour le son, le vrai salon de la musique où on savoure il est à l’intérieur de toi-même, ça doit te parler, tu dois la ressentir la vibe, et pour ça faut vraiment écouter quand tu mets l’album dans ta chaine. C’est comme une bouteille d’eau fraîche quand t’es au soleil pendant des heures, ça se savoure. Tu vois c’que j’veux dire? (Il se ressert du thé)

Non j’ai rien compris. Mais bon venant de toi j’en attendais pas moins
J’ai pas bien entendu excuse-moi, tu me disais?

Nan rien j’me disais demain c’est loin. Sinon pour en revenir aux instrus justement, vous en avez pensé quoi?

(Drixxxé prend la parole) J’ai beaucoup aimé. Bien sûr comme tous les fans après 4 ans je savais pas à quoi m’attendre mais force est de constater qu’après plusieurs écoutes le résultat est là. J’pensais un peu réentendre le même genre de sonorités, mais j’ai été agréablement surpris. Les mecs ont bien bossé.
(Dj Mars lui tend sa chicha) C’est clair que c’est du bon. On reconnaît bien la patte de Djimi Finger avec ses grosses caisses claires, mais on voit aussi qu’il est un des meilleurs producteurs. Y’a que lui pour réaliser des prods comme « Rue de la haine », et qui n’aimerait pas poser sur « Pousse les watts » qui reprend « More bounce to the ounce » de Zapp et Roger?

Et moi j’peux fumer nan?… Merci…Putain elle est cramé, t’es vraiment une pince Elie…Bref, j’ai été surpris de voir si peu de featurings, surtout qu’il y avait personne du Secteur Ä.
(Oxmo) Ils ont eu raison. Quoi qu’il faudrait leur demander directement les raisons, mais c’est bien de se démarquer de la mi-fa comme ça. Ton premier album c’est toujours le plus couvé, le plus protégé, y’a toujours un filet. Après faut pouvoir prendre son envol, montrer qu’on y arrive seul, comme le garçon qui se barre de chez lui passé la vingtaine. Si tu fais tout le temps les mêmes featurings, tu perds ton identité alors que justement un album c’est sensé faire partie de toi, être personnel.
(Akhenaton) En même temps si c’est pour outshiner tout le monde c’est pas drôle

Toi t’as pas digéré « L’art de la guerre »…
De quoi?

Nan rien j’disais ça se couvre y’a de l’orage dans l’air. Bon alors Lino, le mot d’la fin.
C’est que l’début

Nan mais ça va ça va tu vas pas nous la sortir à chaque fois
Ben en gros:
T’aimes pas nos codes, nos rites, nos méthodes et nos beats ?
J’t'emmerde !

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé n’est que pure coïncidence. Le site décline toute responsabilité quant à ceux qui pourraient y croire dur comme fer.

17/20

-Hokage-

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