Apôtre H – Encre Noire
Pas si facile de parler d’Apôtre H, à qui attribuer la désormais célèbre expression « A L’Ombre Du Show Business » n’a que rarement aussi bien collée à un artiste. Et pour cause, c’est en Juin 2009 qu’est sortit son 2nd album « Encre Noire ». Eh oui, déjà 2nd solo pour cet artiste sortit de Fuck Dat en 2006 avec « Mon Rap », flop commercial total, mais succès d’estime pour le rappeur du 91, et 1er essai réussi pour les quelques connaisseurs de l’écurie Fuck Dat et de ses prodiges du Mic trop méconnus (Dayen, Eloquence, Treyz, etc, …). Malheureusement pour Apôtre H, l’encre noire a apparemment vite coulée, trop vite même, au point de ne même pas rentrer dans le top album (selon les archives du site lescharts.com), et ce malgré une distribution nationale (CD trouvable chez tous les bons disquaires). En effet, aucune promo avant la sortie, pas de son en rotation en radio, pas d’interviews, pas de clips, pas même une annonce de sortie de l’album ayant dignement circulée sur Internet, bref le néant. Seul le clip de « Est-Ce Qu’ils Peuvent » a été fait et lâché incognito sur Dailymotion au mois d’octobre, en version non définitive, et comme attendu, sans réel succès (vu à peine plus de 1000 fois …). Cette chronique que j’écris s’annonce même comme la meilleure promotion qu’est connue ce CD depuis sa sortie … Tout ça pour dire que « Encre Noire » ne vise pas vraiment le haut des charts (ou n’en a pas les moyens …). Malgré cela, de nombreuses perles voient le jour chaque année dans l’ombre des succès mainstream, la question est maintenant de savoir si cet album en fait partit …
Tout d’abord qu’est ce que « l’encre noire » ? Outre l’encre qui vient noircir les pages de rimes, l’encre noire designe surtout dans l’album un monde trouble, obscure : c’est dans cet esprit que s’inscrit la majeure partie des morceaux de l’album. Et ce dès l’intro, avec « Deltaplane », où l’ombre sur le mystère qu’est Apôtre H commence déjà à se disperser, avec l’énumération de ses doutes et de ses rêves, qu’il confronte à la réalité (« Mais moi je rêve de beaucoup mieux man, comme tu l’imagine / Je ne peux pas repartir les mains vides, en Afrique » ; « Je m’endors en pensant au seilles, tourmenter est mon sommeil / Oui j’ai l’esprit dans les nuages, mais les deux pieds bien dans la merde »). Ce premier morceau se conclue avec la phrase « Il veulent tous faire du Rap, mais tous ne peuvent pas », ce qui donne directement le relai au morceau suivant : « Est-Ce Qu’ils Peuvent ? ». Morceau plus axé sur l’authenticité (thème clairement plus exposé aux réflexions de l’auditoire, surtout depuis le « J’t'Enmerde » de MC Jean Gab’1 …), Apôtre H met en doute les dires de certains (« Où sont leurs blessures / Quel est leur vécu / Qu’est ce qu’ils véhiculent ? » ; « Un Fossé entre parler, passer à l’acte »), sans pour autant dénigrer leur talent (ce que beaucoup ont tendance à mélanger dans leurs titres portant sur le même thème …), le tout sur une bonne production signée DJ Komplex, fidèle aux membres de Fuck Dat …
« Groupie Love » est le 3ème morceau de l’album, adressé indirectement à celles qui « veulent voir les billets », conseil qu’Apôtre H prend soin de répéter à de multiples reprises dans un refrain assez moyen : pas vraiment la meilleure piste, peut être à cause de la légèreté du thème, mais qui reste cependant agréable à écouter. A noter la participation dans l’intro du morceau d’Eloquence, MC porté disparu dans le rap game depuis « Le Début De La Fin » en 2005, la seule pièce de sa discographie … Dommage qu’il ne ce soit pas lancé dans un couplet … On enchaîne avec « Respectez Les Hommes », un morceau qui prône l’humilité de chacun, et le respect envers autrui, dans un principe d’égalité (« J’te disais donc, qu’il n’y a pas de Donkey Kong / Que le cuir, n’arrête pas le plomb » ; « Calmez un peu le jeu / arrêtez de faire les oufs, messieurs, messieurs … »).
5ème morceau de l’album, « Somnambule », titre collant bien avec l’ambiance de l’album, dans toute sa noirceur, fait le récit d’une vie nocturne dans laquelle on peut perdre ses repères, le tout imprégné d’une sincère vérité. Après ça, « J’Espère Qu’Un Jour » continue de plaquer sur CD la réalité d’une partie de la population ayant « grandit en marge de la société », vivant presque en « Apartheid », mais qui ne désespère pas néanmoins de se faire comprendre (au passage c’est le seul morceau dont les lyrics sont disponibles dans le package de l’album) : une des chansons de l’album dont Apôtre H peut être content, elle transpire de sincérité ! Je passe rapidement sur les courtes pistes 7 et 9 (à peine 1:30 chacune), respectivement « Fabuleuse 1″ et « Fabuleuse 2″ (la même instru pour les deux pistes … signée Face
, qui toujours dans le même l’esprit, confrontent les rêves de l’auteur, et la réalité de la rue, qu’il désigne de fabuleuse, avec ses défauts mais aussi ses qualités … Entre les deux « Fabuleuse », on trouve « Survivant Du Chaos », où Apôtre H parle de tout ces les freins qui ralentissent la population banlieusarde dans l’ascension sociale (« La télé raconte la délinquance, jeune banlieusard de 20 ans / Jeune habitant du bâtiment mais cloué au ciment »)
Presque la fin de l’album, « Chance » est un morceau assez morose, où le rappeur met de côté ses rêves, pour se contenter de prétendre, contraint par la tournure que prend la société, à une vie banale mais réaliste (« Avec un peu de chance, je pourrai peut être toucher 1500 / partir en vacances / Paris-plage, Île de France / avoir une femme, deux trois enfants / partir en week-end, de temps en temps ») : l’instru signée DJ Poska ajoute une réelle dimension au morceau, et en fait une des belles chanson de l’album ! Dans la continuité, « Imprévisible » aborde le thème de ces rebondissements inattendus qui peuvent changer la vie d’un homme du jour au lendemain (« Aujourd’hui tu vis, et demain tu meurt / Aujourd’hui tu ris, et demain tu pleure »), il conseille donc la prudence à chacun, alors que toute une vie peut déraper d’un instant à l’autre … Dernière piste de l’album, « Hervé » joue ce rôle de morceau-confession dans lequel Apôtre H parle de son parcours, de ses désillusions (« C’est l’histoire d’un esclave, qui rêvait d’être roi »), toujours débordant de sincérité (Je te chante la vie / Sans effets spéciaux,Hervé »), et sans pour autant se plaindre, à l’instar de beaucoup trop de rappeurs (« Nous ne sommes pas les plus riches / Mais nous ne sommes pas les plus en chien non plus / Banlieusard, je l’aime la vie / J’espère juste, trouver mon chemin, trouver mon chemin, trouver mon chemin … »). A noter pour ce dernier morceau l’excellente production de Ribcage, qui avait déjà posé sa voix sur le morceau « J’Ai Changé » de Disiz …
Voilà, l’album touche déjà à sa fin, après à peine plus de 42 minutes étalées sur 12 pistes … Qu’en dégager ? Eh bien Apôtre H c’est bien du rap de rue, mais sans les clichés, sans les formules faciles largement utilisées par le rap français, sans s’inventer une vie de gangster, etc. Certes sans forcément procéder à de véritables envolées lyricales, mais dont les paroles sont justes et sincères ! Tout ces ingrédients font de cet « Encre Noire » un album agréable à écouter, avec un fort état d’esprit, une bonne réflexion et pas mal de recul : à classer dans les bons albums passés inaperçus en 2009. Malheureusement, Apôtre H ne bénéficie aujourd’hui que d’une exposition proche de 0, ce qui on l’espère, ne le démotivera pas à fournir au public un 3ème solo …
14/20
-Dustizzz-
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