Publié le: mer, fév 17th, 2010

Busta Flex – Sexe Violence Rap & Flooze Vol.2

2 ans ! Ça faisait déjà 2 ans que François Valéry (aka Busta Flex) s’était fait oublier. En effet, depuis 2006, et la sortie de « La Pièce Maitresse » (véritable concentré de style sur 17 pistes), on ne peut pas dire que Busta Flex ait affolé les charts et les playlists des radios : quelques apparitions (par exemple sur le « Shock Therapy » de Matchstick), quelques concerts, quelques titres lâchés sur son Myspace (« Open », « Deuspi », ou bien encore « Personne », sortit en clip …), en fait pas grand chose, pas de réelle annonce de projet, juste de quoi nous rappeler que Busta existait encore … Mais en 2008, le nom de Busta Flex va enfin refaire surface sur les sites et les forums de Hip-Hop …

Et plus particulièrement au mois d’Août, avec la sortie de « Tu N’As Pas Pied » (produit par DJ James), dont les premières paroles nous font très vite comprendre que Fonky Flex reviens et va parler : « Avant toute chose, un rappeur doit savoir rapper ! ». Dans ce premier clip (où Youssoupha fait une apparition), Busta remet les choses en place vis à vis du rap français d’aujourd’hui … en tout cas il essaye. Très peu de d’exposition (si ce n’est un reportage d’environ 2 minutes pour l’émission CD’aujourd’hui), le nom de Busta Flex ne semble plus intéresser les médias qui ne diffusent plus sa musique, différente de ce qui a la côte auprès du grand public. De plus, un vide de 2 mois après la sortie d’un single, c’est pas top pour garder le buzz jusqu’à la sortie d’un album. Il faudra attendre 2 ou 3 semaines avant la sortie de « Sexe Violence Rap & Flooze Volume 2″, pour qu’un medley de l’album soit livré aux irréductibles de Flex Baba, et surtout pour qu’un Planète Rap lui soit consacré (émission dont il a fait le 1er numéro lors de sa création) : bien étrange pour moi d’entendre le nom de Busta Flex sur Skyrock … Semaine passée, lundi 10 Novembre arrivé, l’album sort enfin ! Comme redouté, peu de ventes (entré 69ème au top album), même ses apparitions aux Bercy du grand retour d’NTM sur scène n’a pas permis à l’album de décoller dans les charts … Heureusement le nombre de disques mis en rayon ne reflètent pas la qualité d’un album …

Dans ce « Sexe Violence Rap & Flooze Volume 2″, on peut dégager 3 principaux axes. Le premier, à l’image du premier single, exprime un certain dégout de la part de Busta pour le Rap Français et son évolution (dont les dérives furent évoquées, déjà 10 ans aupparavant, par son acolyte de IV My People, Zoxea, avec le titre « Rap, Musique Que J’Aime » sur « A Mon Tour D’Briller », puis plus récemment avec « Le Rap C’Etait Mieux Avant », morceau lâché en exclusivité au dernier Planète Rap de Lord Kossity). Ce dégout, il n’hésite pas à le montrer, au côté de Philemon notamment, avec l’initiative consistant à revêtir des T-Shirts (par exemple sur scène) où est inscrit le slogan « Le Rap C’Etait Mieux Avant ». Les T-Shirts n’étant pas dans l’album, nous allons nous concentrer sur les 13 pistes de l’album.

Dès le début, ce raz-le-bol(« Trop de mixtapes, de street-tapes, de trucs vite faits / Trop de p’tit textes mauvais, sur des beats vite faits ») est expliqué dans le morceau introductif « J’Arrive », où Busta nous laisse l’espoir de venir sauver le Rap Français de ses récentes dérives (« Trop d’flow, pas en litres mais en barils / A six contre un, si j’suis toi j’prends les paris »). Autre morceau du même thème, « Ramène », avec Disiz (et produit par Astro Note), met en avant l’attitude et le style des deux artistes (ayant déjà collaboré auparavant sur Première Classe Vol 2 avec le titre « Volte Face/Volte Flow » où Busta et Disiz s’échangèrent leur flow le temps d’un morceau …). Beaucoup de punchlines, quelques piques lancés (« Busta notre flow c’est d’la crème/Et le leur d’la bouillie »; « C’est pas la, pas la peine/prends le MIC, va là-bas, là-bas/Les seules chroniques que t’as c’est dans Voici ou Gala »), les 2 acteurs du rap de la fin 90/début 2000 mettent en commun leur flow pour prouver que ce rap français est toujours là. Avec « Zin Zin Zin », Busta et Lord Kossity, toujours dans un style dont ils ont le secret, nous rappellent qui ils sont, qu’ils ne sont pas là par hasard, et que leur parcours est digne des piliers du rap français, quelque chose que les nouveaux venus dans le game ne semblent pas assez respecter (« Le Hip-Hop, j’en ai fait l’tour comme ta gueule/Et j’reviens croquer la pomme comme Apple »; « J’ai rappé avec les plus grands, posé avec les plus grands, fumé avec les plus grands »). Il faut bien 15 ou 20 ans de carrière derrière soi pour faire un morceau comme celui-ci (respectivement le nombre d’années actives de Busta et Lord Ko dans le Hip-Hop). Enfin, « Croquer Dedans » attaque le rap d’aujourd’hui et les rappeurs qui veulent faire « croquer », et « croquer » dans le business du rap pour l’argent, sans respecter le Hip-Hop et les valeurs qu’il est censé véhiculer (« Pas foutu d’respecter mon Art comme un clochard dans une Eglise »), mais avec toujours, comme dans les précédents morceaux cités, un réel effort sur la vibe.

La 2ème partie sur laquelle nous pouvons nous attarder, c’est un Hip-Hop basé sur la forme avant tout, entre egotripes et morceaux délirants (style que Flextabeu a commencé à développer sur « Eclipse » en 2002, puis qu’il a totalement assumé en 2006 sur « La Pièce Maitresse », et qu’il semble vouloir continuer à exploiter tout au long de ce nouvel opus). Cet aspect de l’album est porté par « Le Boul’(… Dans Ton Dos) », 2nd single de l’album, relativement plus diffusé en télévision que le précédant. Dans ce morceau (avec à la prod Street Faboulous), Busta entrelace dans un dialogue entre deux personnages, les pensées de Nayobé (qui est en feat sur le morceau) perturbèes par les 2 parties de sa conscience. Autre morceau dans la même vibe décalée : « Deuspi » (qui est en réalité un remix d’un morceau qu’il a fait un an auparavant). Ici, Busta Flex parle de ses envies, ses passions, qu’il souhaite satisfaire par l’argent (« Passes-moi mon sei-llo négro/Pinces-moi je rêve en Euros/Plus de thunes, plus de cash, plus de hach, pour mes neurones » ; « Maintenant faut penser au cash, au pez, aux thunes/Arrêter d’avoir la tête dans la lune » ; « LCD, PSP, TNT, maintenant (…) Et j’te parle même pas d’ma pe-sa/Ouais ma putain d’pe-sa »). Puis vient enfin « Bling String », morceau sans réel thème, purement concentré sur le style, où comme d’habitude certains vers sont bien trouvées, mais où la facilité lyricale que prend Busta en rebutera plus d’un.

Enfin, 3ème partie de l’album, plus thématique cette fois, se rapprochant même per moment du volume 1 de « Sexe Violence Rap & Flooze » (petite anecdote au passage : quelques temps après la sortie de cet album, Busta avouera l’avoir fait plus sombre car c’était la tendance à l’époque …) : des titres plus mélancoliques, plus sombres, prenant du recul sur la société, et la critiquant ouvertement, avec parfois même un certain dégout … Le 1er morceau s’étalant sur ce sujet, et dont le titre est assez explicite, n’est autre que « J’En Ai Marre » (déclinée en une 2nd version remix à la fin de l’album). Dans ce morceau, Busta critique notre société, faite d’injustices, d’une routine lassante, où tous se plaignent, où tous on l’air perdus (« Depuis un moment ma vie a un goût d’chiottes/Des familles se forment et finissent dans des blocs » ; « Tout le monde se crachent dessus/Se marchent dessus/s’insultent pour une place assise, de cinq à six » ; « J’en ai marre de tous ces gens fatigués/Pleins d’vanités/Qui veulent tout et tout d’suite, et n’arrêtent pas d’critiquer ») : une des belles réussites de l’album dont Busta peut être fier : de la production signée 707 Team & Chrizah, aux paroles assez travaillées (ce qui assez rare de la part de Busta pour être souligné), et surtout transpirant de vérité (Au passage, ce morceau aurait apparemment dù être clippé , comme l’annonçait son blog officiel, puis plus rien, pas de réponse du gérant du blog à mon mail, bref pas de clip … Dommage, ça aurait été LE single parfait pour promouvoir l’album !). Outre cet excellent « J’En Ai Marre », la piste qui le précède, « Chaque Jour Qui Passe », mélange nostalgie, doutes, déceptions, etc. Un bon morceau qui, avec celui qui suit, nous fait presque revivre, le temps d’environ 7 minutes, l’époque ou Busta exposait déjà le quotidien d’une jeunesse dont la vie a perdue son sens dans « Majeur » ou « Sexe Violence Rap & Flooze », la vision d’une société qui se détériore à vu d’œil, jour après jour, dans « Ça Se Dégrade », et j’en passe … Seul raté de l’album, « La Faille », avec Ayaman au refrain, où Flextabeu dénonce l’attitude changeante des personnes face à son succès (« Dans la gloire tu m’aimais/Dans la descente tu ne m’aimes plus/M’as tu vraiment aimé, tu ne le sais même plus »). Ces 3 morceaux correspondent, selon les dires de l’intéressé, à une période qu’il a vécu durant la conception de l’album, et qui l’a inspirée. En effet, on sent une certaine sincérité se dégager de ces 3 pistes …

Ça y est, 1 an déjà que cet album est sortit, mais que reste t-il de cette dernière galette (en date !) de Busta Flex ? On pourra retenir une vibe qui ne cesse de se renouveler, mais gardant un savoir-faire, une qualité, et un style unique, faisant de ce « Sexe Violence Rap & Flooze Volume 2″ un CD agréable à être écouté, quoique fatiguant à la longue (la faute peut être à des lyrics trop simples, en partie volontairement mit de côté pour privilégié la vibe, et des instrumentaux parfois étranges, ou trop différents de ce qu’on a l’habitude d’entendre, ce qui fait que certains n’accrocheront pas). Pour ce qui est de Busta, on sent que cet album a été un moyen pour lui d’exprimer son raz-le-bol, notamment envers l’évolution du rap, et plus généralement du monde (on peut faire un parallèle avec le dernier album de Disiz, étant lui aussi conçu dans cet état d’esprit …). Pour conclure, ce CD ne sera vraisemblablement pas un classique, mais il prouvera à son auditoire que Busta est bien de retour, qu’il n’a rien perdu de son flow, et laisse espérer (une fois de plus) que le Fonky Flex continuera à faire son « Job A Plein Temps ». Reste maintenant pour lui de (re)trouver la formule secrète qui lui permettrait de réitérer la performance accomplie dans le 1er album, tout en assumant son évolution artistique …

13/20

-Dustizzz-

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