Publié le: mer, fév 17th, 2010

Hocus Pocus – 73 Touches

Hocus Pocus, c’est un groupe de passionnés de musique : 20syl (voix/samples), Antoine Saint-Jean (batterie/samples), Greem (platines/samples), Matthieu Lelièvre (rhodes/claviers), Hervé Godard (basse). Leurs références s’étalent du hip-hop au jazz, en passant par le reggae ou la soul, etc, autant dire qu’avec tant d’influences, la formule d’Hocus Pocus doit bien avoir quelque chose de magique. Mais avant de décortiquer le premier album du groupe nantais, petite piqure de rappel : HP, ça a vraiment débuté en 1995 avec « Première Formule » (alors qu’il n’y avait même pas de H à Hocus à l’époque…). Puis est venu « Seconde Formule » en 1999 (avec 2 MC et un DJ sur scène à ce moment). Mais ce n’est qu’en 2001 qu’Hocus Pocus va prendre forme, lorsque que les scènes vont s’enchaîner, après la sortie de leur 3eme projet « Acoustic HipHop Quintet », et que les HP vont commencés à jouer sur scène avec plus de musiciens. Puis les scènes s’enchainèrent aux 4 coins de la France, permettant aux HP paufiner leur musique et leur style, pour enfin trouver un aboutissement à tout ce travail en 2004, avec « 73 Touches » premier album du groupe … c’est ici la réédition de 2006 qui va être analysée (version avec 7 titres en plus …)

Et me voila donc aujourd’hui avec un bel objet dans les mains : le boitier est très beau, le style est très bien dessiné, quelques effets de lumières viennent ajouter de la valeur à l’ensemble (notamment au CD !), toutes les paroles sont dans le livret, le clip « Hip-Hop ? » est en bonus sur la réédition, etc, bref c’est une belle pièce que cet album, et ça donne envie d’être écouté ! Mais les 21 pistes sont elles à la hauteur de la cover, de la formule Hocus Pocus, et des « 73 Touches » du piano ?

Et ça part très fort avec « Malade 2006″, un « remake » du titre de « Acoustic HipHop Quintet ». Ici, 20syl est un malade de Hip-Hop, et fait tout pour s’en débarrasser, à coup de Johnny Halliday et de K-Maro … Après cet intro nous immergeant dans l’ambiance du groupe, « Onandon » nous confirme la mentalité du groupe, produisant un rap positif, où style, musicalité, et instruments font bon ménage. (« c’est ni strass ni paillettes/ ni stars ni variet’/ni stress ni carrière prévue à l’avance »). Au passage, Onandon, c’est aussi le nom du label du groupe, tout un concept …

Le public est bien entré dans le délire !? OK. premier morceau à thème de l’album, « Pascal » raconte le parcours d’un billet de 500 Francs, jusqu’à la rencontre de la flamme du briquet d’un certain Gainsbourg. Ici, pas une fausse note : l’histoire glisse dans les oreilles, comme le billet tourne de mains en mains …

4ème morceau de l’album, « Comment On Faisait ? » montre l’évolution du monde, entre avantages du progrès et critiques. Le tout teinté d’humour. Puis la critique de notre société continue avec « J’attends », où HP nous décris ce monde dans lequel chacun attend, sans réagir, que la terre se dégrade. Ce dernier morceau est certes très bon mais casse un peu le rythme soutenu de l’univers d’HP, où nous somme immergés depuis le 1er morceau du disque.

3ème inédit de la réédition, « You », texte sur la recherche de l’âme sœur, se voit gratifier de la présence de Mr.J.Medeiros le temps d’un couplet et des refrains, pour un bon résultat très jazzy. Encore un peu plus de rythme, d’abord avec « Feel Good », surtout pour sa musique (C2C et 20syl n’y pose que quelques mots …), puis avec « Keep It Movin’ », qui vient redonner de la pèche au fil conducteur de l’album (avec quelques scratchs dès le début du morceau qui font plaisir à entendre …)

On perd ensuite un peu de vitesse, mais toujours pas de qualité, avec « J’aimerai » que 20syl aimerait conjuguer au présent (juste du « Love ! »). Ambiance toujours plus maussade, plus pesante, le morceau suivant s’attarde sur 2 « Faits divers ». Il est d’abord, dans le 1er couplet, histoire d’un reporter assistant, impuissant, à la noyade d’une jeune fille, bloqué par sa formation de journaliste, lui ayant appris à figer la détresse. Puis le 2nd couplet comte le tragique destin d’un convoyeur de fonds, « mort pour un gros paquet d’fric/Alors que lui touchait tout juste le SMIC » … Fictions ou réalités ? Quoiqu’il en soit, ce morceau fait prendre conscience de la triste banalité accompagnant de trop nombreux faits divers énoncés dans les journaux, à la télévision, …

On reprend après une petite interlude, « Dig This » est un véritable hymne à tous ces chercheurs d’or : or contenu dans des vinyles abritant de véritables pépites … Et c’est là l’erreur de l’album (enfin à mes yeux) : « Zoo ». Sur cette piste 13, 20syl compare la société et ses habitants à un zoo où cohabitent les animaux. L’idée n’est pas vraiment mauvaise, les métaphores sont bien pensées (« Trop de moutons en élevage intensif/Quittes le troupeau, vite, si t’entends c’titre ! »). Mais je ne supporte pas ce beat, parsemé ici et là de cris d’animaux …

Oubliée la piste précédente, la magnifique « Du Sable Sur Les Paupières » avec Kohndo vient rectifier le tire. Cette chanson parle de l’aveuglement de la population face à différentes choses de la société (« Fuis les spots et réveilles-toi/Crames ton postes et libères-toi/Cesse de croire que t’as pas l’choix/Il n’tient qu’a toi de vouloir autre chose, autre chose, … ») Un super refrain, une belle perf de Kohndo et 20syl, une instrumental juste extraordinaire par sa qualité, un thème intéressant : il n’en fallait pas plus pour faire de ce morceau un de mes classiques, et ce dès la première écoute ! Puis toujours dans le thème du morceau précédant, « Géométrie » critique la triste banalité des évènements tragiques ayant lieu dans notre société, en utilisant cette fois si l’ironie (A quand les chars recouverts d’un logo Pepsi/ et les GI avec des boots Nike »)

Après ce tout dernier morceau à message dans l’album, un final plus explosif, clairement plus travaillé dans le style, s’annonce : tout d’abord avec la 2nd partie de « Onandon », en featuring avec Ty, où l’on s’attarde encore un peu plus sur le concept de la musique d’HP, définit par le Hip-Hop le plus pur. Puis par le grattement du stylo sur la feuille, « Brouillon » s’amène pour étaler une large palette de styles sur lesquels 20syl se fait plaisir le temps de quelques mesures (d’un instru Jazzy, à un trip Old School, en passant par un rythme plus mélancolique, …), et avec une grande agilité. Enfin, le dernier morceau de ces Hocus Pocus plus léger, n’est autre que « Hip-Hop », où sur un beat déluré, le MC d’HP, accompagné par The Procussions (rien que ça !), décrivent l’évolution des tendances dans le Hip-Hop, notamment dans le style vestimentaire …

73 Touches touche bel et bien à sa fin, mais avant de conclure, un remix de « J’attends » vient prolonger le plaisir, juste avant la dernière piste de l’album, « 73 Touches », où nous pouvons apprécier quelques notes de piano, accompagnée de la magie qui a accompagnée chaque morceau pendant plus d’1H10, la plus belle manière de conclure cette œuvre …

Résumé de l’album : entre style complétement maitrisé, bons textes posés par le bon MC qu’est 20syl, instruments parfaitement accordés, décalage par rapport au rap actuel entièrement assumé, etc, cet album raviera les fans de Hip-Hop, voire même de Soul, Jazz, Variété, … au point de devenir pour beaucoup de ceux-là un classique à absolument posséder. De plus, l’image de rap pour « fils à papa » que certains ont voulus coller à Hocus Pocus ne tient pas même une mesure pour ceux qui ont eu la chance (ou le courage pour les retissants) d’écouter cet album, dont la richesse musicale n’a que rarement été égalée dans le Hip-Hop en France !

16/20

-Dustizzz-

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