Kery James – Réel
Seulement 1 ans après le succès de son 3ème album « A L’Ombre Du Show Business », porté par « Banlieusard », Kery James revient dans les bacs avec « Réel ». Toujours aussi personnel et engagé, ce dernier album est pourtant inscrit dans un contexte particulier : Kery a en effet prit la décision de faire, après la sortie de l’album, une pause de quelques années afin de prendre du recul sur le parcours accompli en 20 ans d’activisme dans le Rap Français : que ce soit avec Ideal J, la Mafia K’1 Fry, ou en solo. Cet album s’annonce donc comme un bilan, une manière de mettre les choses au point avec son public, mais aussi avec ses détracteurs. Kery James y parle de tout : les attaques qu’il a subit, ses prises de position, ses engagements, ses interventions publiques, mais aussi ses erreurs et ses faiblesses. C’est donc toute la vie de l’artiste, et de l’homme, qui est contée dans « Réel » …
La première piste de l’album, « Le Retour Du Rap Français », c’est déjà la 1er morceau fleuve de l’album, dont il a le secret. Ici, l’artiste nous parle de son engagement à travers le rap (il veut que ce morceau soit une union, le clip se voit d’ailleurs gratifié de l’apparition de beaucoup de rappeurs français …), son opposition à l’Etat, aux injustices du monde, etc, … Il prône dans ce titre le « retour du rap réaliste », qui l’oppose au rap capitaliste, sans réelle utilité selon ses dires (« Qu’ils posent le micro, leur rap ne sait que frimer / De l’egotrip, c’est tout c’que leur rap peut exprimer »). Par ces mots, on pourrait presque croire à une pique envers Rohff, avec qui il est en froid depuis pas mal de temps. Nagui y a aussi droit (« T’es sourd, t’es comme Nagui !? ») : ce dernier a souvent attaqué le rap, prétextant que ce n’était pas de la musique, Kery James n’a d’ailleurs jamais été convié à Taratata … Pour ce qui est du rap irréel, fictif, Kery James continue de le déscrédibiliser dans « Réel ». Ce morceau se veut être une prise de conscience pour le public, trop facilement berné par les fictions des rappeurs, fictions que Kery James dénonce fermement (« C’est honteux de faire du fric sur la misère / Ne les croient pas authentiques parce qu’ils sont vulgaires, petit frère » ; « Ils chantent la rue depuis leur studio / Ni youv, ni cailleras, rien d’autre que des sales gosses avec un micro » ; « La vie ce n’est pas le rap game / Et les enjeux sont réels ») La réalité de son rap, Kery James ne cesse pas de la revendiquer dans « Je Représente ». Un hommage à tout ceux qu’il côtoie, mais aussi toutes les personnes dignes, humbles et fiers.
« Yeah », c’est un symbole de l’évolution artistique de Kery James. Celui qui en 2005 se refusait à faire de l’egotrip dans « J’aurai Pu Dire » a depuis, au moins un peu, changé de ligne artistique, mêlant ses nombreux textes engagés à « Egotripes » et « Foolek » en 2008 sur « A L’Ombre Du Show Business », puis sur cet album avec « Yeah ». C’est donc un peu plus libéré que Kery nous fourni un egotrip assez habile (certes opposé au style et au discours du reste de l’album, mais qui reste agréable à être écouté …), histoire de nous montrer qu’il en ait capable. On enchaîne avec « La Poudre Aux Yeux ». Kery parle ici des ravages de la cocaïne et des autres drogues, de ses effets pervers, et de sa démocratisation dans notre société (« J’viens de l’époque où la coke était tabou / Il n’y a pas si longtemps, et maintenant t’en trouves partout »).
Et nous voila arrivés à l’un des morceaux les plus intense de l’album. Épaulé par Médine, Kery livre dans « Le Prix De La Vérité » une virulente attaque au mensonge global relayé par les médias en France, dupant la masse. Selon les 2 rappeurs, il faut, pour rester fidèle à ses convictions, en payer le prix. Ainsi, « Killer James » revient par exemple sur un épisode ayant eu lieu sur le plateau d’une émission de Thierry Ardisson, où il estime avoir été piégé (pour rappel, alors que Kery James été sur la plateau de l’émission, Ardisson a fait venir Taslima Nasreen, « anti-musulmane » appuyant l’inégalité homme/femme décrite au sein du Coran, qu’elle a interprété, influencée par la culture du Bangladesh, le tout appuyé par Isabelle Alonso et Arielle Dombasle, féministes endurcies ayant sautées sur l’occasion pour défendre la cause féministes, même si plongées dans l’ignorance totale …). Ce que beaucoup considèrent comme le 4ème pouvoir est pointé du doigt dans le morceau comme manipulateur de l’opinion publique (« Nos vérités dérangent, on s’en fou / Propager le mensonge, t’es fou, ce sera sans nous » ; « Allez tous vous faire intégrer dans leurs chaines / Moi je ne cherche pas la vérité sous le brushing à BHL »). Dans « Le Pays Des Droits De L’Homme », Kery remet en cause les conditions de vie de la population carcérale qu’il définit comme déplorables, contraires à la dignité humaine, et donc aux droits de l’homme (« La prison est un cimetière où vient crever la dignité ») Autre invité de marque de l’album, Le Rat Luciano accompagne Kery James sur « Le Respect Du Silence ». Ici, les 2 artistes recommandent le silence comme marque de respect, comme partie intégrante d’un code de conduite à suivre à la lettre …
Puis vient « Paro ». Une fois de plus, un titre tourne autour d’une expression, d’un mot, que le public « neuneu » s’empressera de ré-utiliser pour faire « djeunes ». (en tout cas de là où je suis, ça se passe comme ça …) Après les affligeants « ça fait zizir » et « en mode », c’est maintenant au tour de Kery James de ré-utiliser cette formule (qui a fait naître le classique « Hardcore »), remise à la mode sous la forme de « bruits » par Sefyu (« Au Pays Du Zehef » et « Molotov 4″), ça oppresse et ça ne s’arrêtera pas demain : la formule a la côte en ce moment auprès du public, et ça, ça fait vendre … Mais avec « Paro », rien à voir. Et pour cause, le morceau est réussi ! « Paro », c’est un diminutif de paroxysme, le plus haut degré d’un sentiment : on parle donc de choses fortes, intenses, folles, etc … Dans le titre, Kery étale une palette d’évènements « paro(s) » ayant eu lieu dans le monde : des injustices sociales, aux folies des sociétés modernes remplissant les actualités, etc. (« Séquestrer sa fille et la mettre enceinte, c’est Paro ! » fait référence à l’affaire Josef Fritzl, ayant séquestré sa fille pendant 24 ans, et lui ayant fait 7 enfants ; « Demande à Patrick Dils ce que c’est d’être Paro » revient sur l’histoire de Mr Dils, qui a fait 15 ans de prison pour un homicide volontaire qu’il n’a pas commit, malgré ses aveux arrachés par la Police, alors qu’il était sous la pression : il sera dédommagé d’un million d’Euros ; …)
Accompagné cette fois-ci de Mr Toma, Kery James observe une fois de plus le monde dans « En Manque De … ». Entre les inégalités, les droits et les valeurs bafouées, le titre à la prétention d’être un constat de ce qui ne va pas sur Terre, ce qui manque. Le refrain de Mr Toma et l’instrumentale nous offre une atmosphère pesante, mélancolique, mais très agréable à être écoutée. Et nous arrivons à la piste 11 de l’album, et pas des moindres ! En effet, « Avec Le Coeur & La Raison », Kery laisse une trace de son soutien concernant le conflit israelo-palestinien. Sans pour autant diaboliser Israel, Kery James relate les faits ayant eu lieu dans cette partie du monde, parle du pillage des terres palestinienne, et dénonce le silence du monde à propos de ce qu’il considère comme une injustice envers le peuple palestinien, pour qui il prend parti, sur un titre de plus de 10 minutes ! C’est donc comme d’habitude que Kery nous propose un morceau complet (même si ce thème est particulièrement compliqué …), réfléchi (pour l’élaboration de ce morceau, Kery James a au passage fait un voyage en terres palestiniennes …), et engagé une fois de plus pour une cause qu’il a jugée juste, avec le coeur et la raison …
Dernière collaboration de l’album, c’est avec Admiral T que Kery James véhicule un message d’espoir dans « Promis A La Victoire ». Persévérer, ouvrir des portes jusque lors fermées, ne pas abandonner, marquer l’histoire, s’imposer, oser, etc, tant d’ambition dans une chanson où les 2 artistes souhaitent mobiliser ceux que certains ont voulus « condamner à l’échec ». Et voila, l’album touche à sa fin, mais Kery James ne pouvait pas partir sans une dernière lettre à son public. C’est le moment de conclure cet album, et de tourner une page d’or faite de nombreuse collaborations, de quatre albums solo, de pas mal de classiques, et j’en passe … Ici, Kery parle de ses désillusions, de ce que la musique lui a apporté, des erreurs qu’il a pu commettre, et des faiblesses qu’a connu l’homme qu’il est (« Laisses moi prendre du recul pour mieux reprendre de l’élan » ; « Il est temps que je m’exile parmi les hommes de raison »)
« Réel », ce fut pour Kery James un moyen de tout dire, de mettre les choses au clair avec ceux qui l’écoute et ceux qui le critique, de répondre à ses détracteurs, mais aussi de partager une ultime confession avec son auditoire, avant la renaissance (il a d’ailleurs prévu que la « pause » devrait durer environ 3 années …). C’est donc la fin d’un cycle pour Alix Mathurin : l’artiste va se retirer un moment pour laisser l’homme reprendre le dessus, et pouvoir revenir en harmonie avec lui-même, on l’espère encore meilleur.
Le combat continue …
15/20
-Dustizzz-
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