Wu-Tang – The W
Sortie : 21 Novembre 2000.
Label : Loud/Columbia.
Au lendemain de Forever, il était difficile de parler autrement du désormais célèbre Wu-Tang Clan comme du groupe le plus costaud de la grosse pomme, voir du Hip Hop. Les membres les plus influents du groupe sortent leurs deuxième livraisons solo, tandis que Reu-Za et Deck viennent apporter leur pierre respective à un édifice qui devient bien épais. Parce qu’au-delà des 9 piliers de l’écurie Afro-Chinoise, le Wu Style, désormais plus qu’un groupe, devient un véritable foyer d’inspiration pour une trempe d’MC’s et de groupe pour la plupart issue de New-York. Ainsi, Killarmy, Killah Priest, A.I.G et autres Wu-Syndicates déboulent en trombe pour former l’officieux Killah Beez, aka The Wu-Tang Clan Affiliates.Une putain d’industrie. Même les rues françaises se remplissent de Wu-headz sapé Wu-Wear des pompes au bonnet. L’heure n’est plus à l’imposition de style pour ce phénomène de rue, et 7 ans après leur premier décrassage de rein sur du samples de films asiatiques de série Z, l’odyssée continue avec The W.
2000.A l’heure à laquelle Dre et Snoop sont de retours armés d’un jeune OVNI blondinet au flow révolutionnaire, New-York demeure dans l’ombre. C’est bien cette heure que notre crew choisit pour reprendre les mics. Si le Forever avait été renié par quelques puristes et addict de la première heure de l’essence asiatique crasseuse qui composaient les débuts du Wu, RZA prévoit un dédommagement de qualité et abandonne le conformisme de la précédente livraison pour revenir à ses chinoiseries, assurant la totalité de la production de l’album, à l’exception d’un titre.
Chamber Music ouvre l’album. Symbales angoissantes , cordes sourdes et aiguisée comme le vol d’une nuée d’abeilles. Raekwon, Method Man, GZA et Masta Killah annoncent un retour fracassant. Une nouvelle fois, la sonorité du groupe a changée,et si l’auditeur se demande si les tendances douteusement massives du groupe sonnent leur retour, ils seront convaincu par le second extrait. Careful est l’hymne de l’album.
Must I show and prove, trust I, bust I
Make your head spin like chrome 20′s on the buggy
I Benz Who contends, Wu like the Superfriends
Who’s your rhymin hero? Wu-Tang rules again !!!!
Une track qui invite la moitié du crew la moins en vue et sur laquelle Inspectah Deck se démarque avec brillance. L’instru n’est pas sans rappeller les atmosphères bouillantes du début du crew, des ‘Harlem World’ et autres ‘Bring the pain’. Pour ce qui est des invités de l’album, beaucoup diront que le groupe sort de ses terres gardés, mais pas tant que ça. Après tout, quoi de plus naturel que de croiser Redman le semi-killa beez en mode bulldozer rejoindre son pote meth’ sur le terrible ReDbull. Même chose pour l’apparition de Busta Rhymes le grand taré qui vient rejoindre GZA et Rae plutot qu’ODB sur The Monument, un morceau qui fait clairement mouche avec ses variations d’tempo. Nas quant à lui, premier MC hors Wu a avoir été invité sur un album d’un d’ses membres (Verbal Intercourse), il se rachète une belle part de crédibilité sur Let My Niggas Live sur lequel il retrouve Rae au lendemain de son désastreux Nastradamus.Des morceaux qu’on n’a pas l’habitude d’entendre et dont la musicalité transporte bien plus loin que l’écoute commune, c’est toujours la même branlette avec RZA. Ol’Dirty, qui aurait été d’une importance cruciale sur certaines ambiances de cet album, ne pointe sa putain d’attitude que sur Conditionner, un son sortie d’une cave enfumée sur lequel Snoop ajoute le grain californien si tendancieux en ces pèriodes. Pour en revenir à notre cher Bastard, il ne bénéfécie dans la cover que d’une dédicasse, remplacée par Cappadonna sur les photos du Crew…Bref.
Pour terminer la liste d’invités, décidément plutot épaisse,les ambiances Reggae sont de mise sur cet album avec la participation de Junior Reid, tant sur le final Jah World que sur la reprise de son hymne One Blood sur le thème de James Bond. Première expérimentation réussie pour RZA, sur laquelle Masta Killa lache deux couplets plus punchie qu’à son habitude. Ce type de son colle parfaitement au style d’un MC qu’on a tendance à qualifier d’assez mou aux côté de ses collègues. Pour continuer dans les expérimentations du Abbott, il s’invite au côté d’un Ghostface larmoyant et du mythique crooner soul Isaac Hayes (Chef dans south park !!!) sur la chronique nocturne d’I Can’t go to sleep et ses violons planants. Un morceau phare de l’album qui, comme Gravel Pit et son sample du thème de Belphgor et son clip préhistorique, inscrit une nouvelle fois le Clan dans des expériences Hip Hop jamais exploitées, qu’on aime ou non.
Une des meilleurs productions de l’album enfin est réalisée par Allah Mathematics, qui deviendra par la suite un producteur attitré du groupe. Do You really c’est 4 couplets en béton. Meth’ domine le charisme général du morceau, ambiancé par Street Life et reposé par Masta Killa, avant que Deck, décidément bouillant sur ses apparitions, ne quitte un studio en fumée.
En somme, le clan une nouvelle fois réunie nous livre une excellente prestation, assez courte mais efficace, qui peut tracer un parallèle à une évolution du ‘Enter the 36 Chambers‘ de 1993.Parallèle établie par Protect Ya Neck :The Jump Off, l’excellent brisage de nuque revue et corrigé par le nouveau Wu-Tang. L’homogénéité est beaucoup plus prononcée que sur le Wu-Forever, on renoue içi avec des ambiances bien plus adaptées au groupe le plus distinct et le plus affirmé que le Hip Hop ait connu. The W, dont le punch est un peu moins marqué que sur Forever,trouve sa richesse dans une direction artistique très intérréssante, qui peut autant repousser que devenir addictive. Même si quelques touches de 4th Disciple n’aurait pas été de refus.
15/20
-Energumen-
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