Nas – I Am…
Auteur d’un premier album certifié classique intemporel, Nas traine depuis lors tel un boulet cette performance. Tous ses albums sont depuis comparés à Illmatic, ce qui lui attire régulièrement les foudres des puristes et haters de tout poil. Ainsi l’excellent It Was Written a été descendu par une critique peu objective en dépit de la qualité du disque. L’album de son groupe The Firm bien que co-produit par Dr Dre et les Trackmasterz a lui aussi subit le même sort (Les critiques étaient cependant fondées) . Nas entend cependant remettre les pendules à l’heure en annonçant un futur double album intitulé I Am…The Autobiography. Il affichait d’ailleurs une confiance aveugle en ce projet qu’il voulait à mi-chemin entre ses deux premiers opus. “Mouais, mouais” serait-on tentés de se dire tant le scepticisme était de rigueur. Mais l’annonce de la présence de DJ Premier en plus des Trackmasterz derrière la console a de quoi rassurer. L’affaire s’annonçait donc de bonne facture mais c’était sans compter avec les désidératas de Steve Stoute qui contraint Nas à réduire son album (certains titres resteront inédits).
Les doutes sont cependant levés dès la livraison du premier single. Porté par une production de DJ Premier plus qu’efficace, Nas Is Like fait l’unanimité dans le microcosme hip-hop et même au-delà. Cet egotrip est à n’en point douter l’un de ses meilleurs titres tous albums confondus. Pile poil ce qu’il faut pour mettre l’eau à la bouche et se prendre à rêver à un nouvel Illmatic. Espoir déçu vu que l’intéressé réaffirme sa volonté de ne pas en refaire un. Pis il règle même ses comptes avec les critiques via Hate My Now, second single au titre évocateur où il bénéficie du renfort de Puff-We-Don’t-Stop-Cause-We-Can’t-Stop-Daddy. Qu’importe les critiques, Nas assume son nouveau virage et tant pis pour les déçus. Un second extrait qui achèvera de diviser ses fans mais aussi les auditeurs en général qui ne savent plus trop à quoi s’attendre avec ce nouvel album. Rap Ghetto ou Hip-Hop commercial? Les spéculations vont bon train et non pour seul effet que d’accentuer l’intérêt porté à cet album dont le titre sera finalement raccourci en I Am…
Le moins que l’on puisse dire à la livraison de ce projet est que Nas a finalement offert exactement ce qu’il avait annoncé. La déception fut cependant si grande chez les auditeurs que certains n’ont pas hésité à le qualifier de pire album de Nas. Sans tomber dans l’extrémisme et avec du recul, il faut bien reconnaitre que cet avis, un tantinet excessif n’est pas fondé. Bien sur il ne s’agit pas d’un succédané d’Illmatic (il n’en atteint pas la puissance) et il s’avère sommes toutes moins bon que son opus précédent, mais I Am… est tout de même un bon disque. Certains persifleront à cause de la couleur musicale plus qu’accessible et de certains morceaux peu inspirés mais dans l’ensemble l’album est plus que correct en dépit de la mauvaise réputation dont il est affublé depuis sa sortie.
Après une intro comportant un medley de ses deux précédents albums, on entre dans le vif du sujet avec le très bon New York State Of Mind Part II, nouvelle collaboration réussie avec un DJ Premier en verve. Un titre qui nous prouve qu’on peut toujours compter sur Nas pour un titre fort. Passons le polémique et déjà connu Hate Me Now et attardons-nous sur Small World où il nous fait de nouveau admirer sa finesse lyricale. Suivent un duo plutôt correct avec Scarface et l’un des premiers couacs de l’album: We Will Survive. Pas que le titre en lui-même soit catastrophique, mais la mollesse de la prestation de Nas irrite. De plus pour un hommage à 2Pac et B.I.G. on était en droit d’espérer un peu plus d’implication.
A compter de ce titre on va osciller entre le bon et moins bon. Les titres corrects (Ghetto Prisonners malheureusement plombé par un refrain simpliste, I Want To Talk To You et le puissant Life Is What You Make It en featuring avec DMX) se retrouvent perdus entre le terne You Won’t See Me Tonight et le franchement insipide Dr Knockboot (un de ses plus mauvais titres, l’instru rappelle d’ailleurs le You Got That de Cam’ron ). Toutes choses qui donne une impression d’inégalité, surtout que Nas ne nous avait pas habitué à un tel manque de régularité. Ajoutons à cela un K-I-SS-I-N-G sans grand éclat (samplant le hit When A Woman Fed Up de R. Kelly sorti seulement un an plus tôt) et un Money Is My Bitch dont le texte a rebuté plus d’un et on a matière à comprendre les griefs émis à l’encontre de cet album. Heureusement perdurent quelques éclairs de génie comme les deux titres avec DJ Premier ou encore le sublime Undying Love qui conclue merveilleusement l’album.
Au final l’album s’avère moyen à l’aune de Nas. On ne peut qu’être déçu quand on a encore en mémoire les deux précédents opus mais l’album reste cependant correct en dépit d’un virage plus rnbisé clairement assumé. Bien sur les puristes et autres haters ont largement matière à critiquer mais il n’en demeure pas moins qu’I Am… est à ce jour le projet le plus accessible de Nas. L’album idéal pour découvrir Nasir Jones.
14/20
-Black Scofield-
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