Publié le: dim, juil 11th, 2010

Common – Like Water For Chocolate

En 2000, deux opus majeurs voient le jour, liés l’un à l’autre à la conscience noire et à la culture africaine. Ces deux perles que sont Like Water For Chocolate de Common et Train Of Thought du combo Reflection Eternal (Talib Kweli et DJ Hi Tek) possèdent non seulement des valeurs communes mais sont par ailleurs le fruit du travail basé sur l’africanisme issu du collectif Native Tongues, lui-même inspiré par la Zulu Nation. Etant de proches cousins, abordant des thématiques similaires, difficile de choisir tant les deux brillent par leur qualité musicale, mais quitte à donner sa préférence, laissons l’avantage au premier.

Si Common nous avait habitué à un rap-jazz brillant notamment grâce à son désormais classique Resurrection intégralement produit par No I.D, peu ont été étonnés par la nouvelle direction artistique du MC. Déjà, avec One Day It’ll Make Sense le rappeur s’était payé le luxe d’une collaboration avec The Roots sur le titre « All Night Long » en compagnie d’Erykah Badu, signant par la même occasion sa dernière réalisation avec son producteur fétiche. Trois ans plus tard, les Soulquarians emmenés par ?uestlove et J Dilla amènent une touche singulière et autrement plus bigarrée à cet album dont la photo signée Gordon Parks et le titre originel emprunté au roman de Laura Esquivel Como Agua Para Chocolate, confèrent à l’ensemble une résonance toute particulière.

Exit le rap épuré de Can I Borrow A Dollar et de Resurrection, place à la finesse nu soul et aux rythmes haletants de l’afro-beat, dont un hommage à son génial créateur Fela Kuti est rendu sur « Time Travellin’ (A Tribute To Fela) » en guise d’introduction magistrale. Le travail effectué par Jay Dee atteint des sommets de virtuosité, esquissant des beats cotonneux (« Thelonius») à la texture soyeuse (« The Light ») ou se réappropriant la section rythmique d’ « Asiko » de Tony Allen sur « The Light ». L’osmose entre le MC de Chicago et le producteur de Detroit est palpable, signe d’une grande amitié et d’une reconnaissance réciproque qui fera dire un jour à J Dilla à propos de son acolyte lors d’une interview recueillie par Frédéric Hanak : « Common a tellement un potentiel de fou qu’il lui faut toujours du haut niveau, de l’altitude, de la diversité, des travers, des chemins qu’il n’a pas empruntés auparavant. Common n’est pas le premier MC venu, c’est un pur MC. » Inutile de se demander qui sert l’autre tant les deux hommes forment une complémentarité quasi parfaite. Après tout, Chicago et Detroit sont deux villes voisines…

Conscient de l’immense héritage qu’apporte la musique noire dans sa dimension la plus large, Common se faufile avec une adresse remarquable entre les lignes dessinées par le duo ?uestlove/D’Angelo qui réinterprète à sa manière les premiers accords de « Funkin’ For Fun » de Parliament sur le coloré « Cold Blooded ». Auteur à la plume alerte, Lonnie Rashied Lynn Jr. fait de Like Water For Chocolate son œuvre idéologique la plus aboutie (« A Song For Assata » en hommage à Assata Shakur), multipliant les références littéraires et musicales, se fendant même d’un « revolution is here » sur « The 6th Sense » admirablement produit par DJ Premier sorte d’écho au « Niggers Are Scared Of Revolution » que scandaient les Lasts Poets en 1970. L’opus est ainsi chargé d’une dimension militante prégnante, alliée à une musique infiniment subtile et colorée, pétrie d’Histoire et de poésie.

Grâce à cette œuvre immense, Common peut ainsi s’affirmer sans fausse modestie comme un digne héritier de Fela Kuti, Nelson Mandela, Marcus Garvey ou Martin Luther King. Fidèle au slogan « I’m black and I’m proud » de James Brown, le rappeur est devenu une sorte de passeur de la conscience noire du XIXème siècle.

18/20

-Crazy Horus-

GD Star Rating
loading…
GD Star Rating
loading…

L'auteur