Publié le: dim, juil 11th, 2010

Eminem – Recovery

La petite teigne de detroit est bien de retour pour cramer le mic avec deux sorties en un an. Pour ressituer le contexte de ‘Recovery‘, l’album fait suite à la rechute du MC l’an passé. L’idée de ce ‘Relapse 2′ est vite abandonnée et fait place au concept d’un Recovery, synonyme premièrement d’acclimatation du MC à d’autres producteurs mais également d’un retour supposé plus personnel mais également plus violent. Le concept d’ouverture invite premièrement des producteurs et MC hype du mouvement Hip-Hop. Les noms d’Alchemist, Just Blaze se font entendre, Slaughterhouse, Royce…

Le premier single ‘Not afraid’ débarque fin avril et affiche un tout autre type d’ouverture. Loin des singles habituels calibrés grand public et au ton ironique, Boi-Da1 assure içi une production sans saveur, enracinée dans tout ce qui se fait de plus commun, 4 notes de violon, un p’tit *bong* toutes les 4 mesures et une rythmique south à laquelle s’adapte plutot bien Eminem, sans qu’ça pète la moindre brique. On est loin de l’explosion objectivement peu criticable d’un ‘We Made You’, bien plus dans les registres du rappeur provocateur. Bref, le stan de base n’aura qu’à se dire que le pire est passé. Et pourtant non il faut croire, à la vue de la tracklist débarquée début juin. ‘Won’t back down’ devrait cependant en rassurer quelques uns qui s’adapteront au trip d’une compo très Rock de Khalil. Eminem, toujours intestable au mic’ rassure également mais l’un des défaut de l’album une fois en notre possession c’est bien l’impression que le type pousse son flow tellement au maximum sur chaque son que le côté personnel et émotionnel disparait quelque peu.On ne distingue que rarement les couplets entre eux, souvent calibrés dans la même configuration, à l’inverse d’un Relapse sur lequel l’effort du MC résidait justement dans ses variations de flow… Des morceaux comme ‘seduction’, ou ‘on fire’ sont cependant des contre-exemple. Ce dernier invite à la production le désormais célèbre Mr.Porter, l’un des premier collaborateur artistique d’Em, qui assurait en 1995 l’entière production d’Infinite.

L’album débute brutalement avec d’ailleurs surement l’un des meilleurs morceau de l’album, ‘Cold wind blows’ ou l’art de raconter que d’la merde mais de le faire brillamment sur une instru d’un Just blaze qu’on confond avec Dre (Bizarre pour une ouverture). Un morceau qui dans son ton s’oppose malheureusement a la moitié des tracks de l’album..’Talkin 2 Myself’ expose l’autre aspect de l’album, Pop-rock et très léger. Ce titre reste bien produit, et même si le refrain peu paraitre contre-courant pour Eminem, c’est surtout parce que vous n’avez pas entendu la suite. Arrive enfin ‘going through changes’, le morceau le plus fort de l’album ou Eminem traite avec franchise de ses contradictions morales,ses hauts et bas constants, revient sur la mort de Proof, y lie le thème de ‘Way I am’,les médicaments comme unique remède autour d’un dialogue avec sa fille. L’idée de suicide, de dépression constante et l’envie d’en échapper préside ce morceau, orchestré par Emile qui livre une instru sobre et efficace.

Un début d’album plutot réussi, malheureusement le pire est à venir. Tout comme l’an passé pour le morceau de T.I et Rihanna, Blaze s’exécute (surement à la demande de l’artiste) dans le domaine du sample de hits pétés version Rap. A vrai dire, je n’aime pas spécialement Wayne, et c’est peut-être l’un de ses pire morceaux, en tout cas de ce que j’ai put en écouter.Dire que c’est sur un album d’Eminem..’Space Bound’ s’impose comme l’anti ‘Superman’, Eminem, victime des apparences, des désirs nuisibles de l’amour. Une bonne instru, un refrain par contre assez mauvais, « c’est pas du Eminem », une vision qui va revenir sur le reste du CD. ’25 to life’ ou ‘Love the way you lie’ s’impriment dans le concept assez vendeur d’un certain B.O.B dont les morceaux dans la vibe d’Airplanes déboitent dans les ventes. L’amour c’est chiant,l’amour c’est stylé l’amour machin…Eminem s’enferme dans la cage de son propre atout : parler de lui. Un concept qui fonctionnait jusque là et qui, içi prend une tournure de canard déçu par ses rencontres, ses aventures, alors que le sujet avait été traité avec brio (avec qui ??) sur Space Bound.Pourquoi faire 5 tracks portés sur sa queue ??.. Une vibe thématique et surtout musicale qui ne ressemble malheureusement pas du tout à celle du Shady, et qui apporte la saveur détestable de cet album, clairement contre-productif de ce point de vue, tout comme son hommage à Proof sur ‘You’re never over’. Le titre laissait présager le niant niant, mais à ce point là ? Rythmique dirty et mélodie en mode cheveux aux vents dans la décapotable…Merde, respecte toi Slim; arrête d’te prendre pour un oiseau ^^

Heureusement, l’album s’élève grace à la prod toujours efficace bien que peu novatrice de Dre, dans son assemblage cuivre/guitare électrique sur un fond pianoté avec ‘So Bad’. ‘Almost Famous’, le missile nucléaire de l’album reste brillante. Sur une prod Khalilesque de haut niveau, l’intonation horroresque du morceau s’ouvre sur un refrain d’outre-tombe, interprétée par la même girl que le ‘The One’ de Slaughterhouse, une miss dont j’ai zappé le blaze qui a décidément le don d’apporter une empreinte indélébile sur les sons sur lesquels elle pose.

« You dream of trading places, I have been changing faces
You cannot fill these shoes, there is too much to lose
Wake up behind these trenches, you run around defenceless
There is too much to lose, You cannot fill these shoes
I just wanna be famous
But be careful what you wish foooooor! »

Eminem crame trois couplets parfaits, dans le ton de ‘Cold wind blows’, celui que je préfère à titre personnel.

En conclusion, un album qui trouve son lot de gros morceaux, comme présagé il s’agit souvent de ceux dans la veine de Relapse. L’aspect d’ouverture ne s’exprime que dans la mouvance actuelle plutot que par un véritable élan artistique qu’on aurait put espérer trouver autour de productions plus classiques de Blaze,ou d’Alchemist.. Peut-être plus de participations de Porter. Mais surtout autour de featurings bien moins axés mauvais pop-rock. Ou est Fifty ?, qui aurait bien put remplacé la clique gospel bidon d’un morceau comme ‘Cinderella Man’, qui prend des allures de ‘summer hit’ avec tous ses ‘Yeah!’, alors que la simplicité de la prod et l’aisance du MC pouvait rendre quelque chose de plus attrayant. L’album est accompagné de quelques titres qui vont du moyen au bon (W.T.P, Untitiled..) qui malheureusement ne compensent pas la saveur « dans le vent » de l’album. You’re not afraid to take a stand, you’re going through changes…Mouais. Les fans trouveront un réconfort dans les bonus track assez costauds ou dans les freestyle qui accompagnaient la sortie de l’album, notamment celui en compagnie de Royce da 5’9 et de Kon Artis qui démonte bien des morceaux de ce CD.

13,5/20

-Energumen-

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