Publié le: dim, sept 26th, 2010

Killarmy – Silent Weapons For Quiet Wars

1993, tout droit sorti des projects de Staten Island, le Wu Tang Clan bouleverse à jamais la face du rap, déversant ses lyrics assassins dans l’underground béat de la Grosse Pomme. Les productions soulful poussiéreuses de RZA alliées à la dextérité microphonique des neuf MCs, modifient alors considérablement le paysage musical. Très vite, un essaim de killa bees se forme et gravite autour de la ruche, charriant une myriade de rappeurs et de beatmakers inspirés par leur maître chanteur. Parmi eux Killarmy, groupe composé de six MCs patibulaires (Dom Pachino aka P.R Terrorist, 9th Prince frère de RZA, Killa Sin, ShoGun Assassin, Islord, Berreta 9 aka Kinetic 9) emmenés par 4th Disciple, producteur de l’ombre qui illuminera de son génie toute la « Wu Sphere » dont le Wu lui-même. De toutes les abeilles tueuse, ce crew en treillis est probablement le plus admirable. Car s’il se rapproche de ses frères du Wu Tang Clan de par sa philosophie Five Percenter et sa structure fonctionnelle, Killarmy tient à se démarquer de l’univers Shaolin en injectant une dimension autrement plus belliqueuse à grands coups de références martiales (battle-dress, champ lexical militaire, extraits de Full Metal Jacket, M.A.S.H. etc.).

Paru la même année que Wu Tang Forever (1997), Silent Weapons For Quiet Wars offre un son faussement brouillon, criblé de balles traçantes et arrosé d’un napalm verbal qui confère à l’ensemble une dimension apocalyptique saisissante. Là où le second opus du Wu Tang se fait plus « propre » en proposant des productions moins poisseuses, Killarmy en prend le contre-pied, conservant ce grain vintage qui faisait fureur entre 1993 et 1995 notamment sur Enter The Wu Tang. Sous la houlette de RZA (producteur exécutif qui livre ici deux titres « Ware Face » et l’énorme « Wake Up » sur un sample de Joe Harnell), 4th Disciple transcende l’ensemble en amenant une profondeur épique sur laquelle les six lascars lâchent leurs flows affûtés (« Dress To Kill », « Fair Love & War », « Universal Soldiers »). Album inoxydable servi par des titres singulièrement dépouillés de tout artifice, Silent Weapons For Quiet Wars repose sur de courts échantillons sonores empruntés à Al Green (« Burning Season »), Earth Wind And Fire (« Camouflage Ninjas »), Johnny Maestro and The Brooklyn Bridge (« Full Moon »), Dead Can Dance (« Blood For Blood ») ou encore Christian Sinding (« Wu Renegades »). Une « orchestration » sur-mesure à la hauteur des MCs (rejoints par Hell Razah, Prodigal Sunn, Streetlife et Masta Killa) véritables artificiers, spécialistes dans le maniement de l’arme vocale, troupe de choc rapologique formée au combat de rue. Jusque là, rarement un satellite estampillé Wu Tang n’avait réussi à proposer un opus aussi digne de la maison mère.

Des fugaces boucles de piano de « Clash Of The Titans » et « Seems It Never Fails », aux échos du film de Stanley Kubrick sur « Under Siege », Killarmy parvient à créer une atmosphère oppressante presque cinématographique (« Swinging Swords »). Dans un style à la fois proche et différent du Wu Tang, ce groupe aura su tourner à son avantage cet héritage immense tout en conservant sa propre personnalité. D’autres comme Sunz Of Man,L.A The Darkman, True Master, Wu Syndicate, Timbo King et autres Bronze Nazareth, continueront à creuser ce sillon inestimable tracé par leurs pairs. Cet opus restera à jamais le porte-étendard de cette armée des ombres.

18/20

-Crazy Horus-

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