Publié le: dim, sept 26th, 2010

Mobb Deep – Hell On Earth

Il y a eu The Infamous (1995) puis Hell On Earth (1996). Une suite aussi logique qu’épatante qui confère au duo Mobb Deep une assise solide dans le rap hardcore du milieu des années 1990. Si Havoc et Prodigy ont traumatisé le rap game après un coup de maître en 1995, force est de constater que ce dernier a affûté leur style de manière nette. Vision obscure de l’humanité, histoires de rue, escarmouches entre dealers du Hill, alcoolisme, perte de repères et représentation du hood, se sont avérés être leurs sujets de prédilection, à un tel point que Mobb Deep est devenu indissociable de QB et inversement. Grâce au grain poisseux et brumeux des productions d’Havoc, au flow acerbe de son acolyte Prodigy, les deux jeunes loups ont fini par graver leurs noms sur l’airain du ghetto du Queens où sont déjà estampillés d’illustres personnages comme MC Shan, Marley Marl, RUN DMC, Blaq Poet ou Nas.

Considéré par certains comme leur album le plus abouti, Hell On Earth n’en reste pas moins un opus d’une qualité irréprochable. Après avoir intégralement produit Episode Of A Hustler de Big Noyd, Havoc continue dans la voie de l’auto-production et du savoir-faire familial estampillé Mobb Deep avec des beats de haute volée, noirâtres à souhait et dont la particularité est de détourner la chaleur d’un sample soul vers des horizons plus hostiles, à l’exemple de « Apostle’s Warning » et sa boucle vocale tirée de « People Make The World Go Round » de Michael Jackson, ou « Drop A Gem On ‘Em » accompagné de son échantillon de piano glacial emprunté aux Whispers. Sorte de « jansénistes du rap », les deux MCs nous confient leurs élucubrations pessimistes sur des morceaux écrits au vitriol comme « Animal Instinct » (sur lequel Ty Knitty et Gambino d’Infamous Mobb font leurs débuts), « Bloodsport », « Apostole’s Warning », « Hell On Earth », tous reflet d’une beauté froide transcendée par les propos d’un rap radical et ultra réaliste. Comme à l’accoutumée, des invités de marque viennent boire le calice jusqu’à la lie dont Method Man sur « Extorsion » qui vient y poser son flow d’asthmatique suivi de près par Big Noyd sur « Give It Up Fast », Nas, Raekwon et General G… Des convives prestigieux, garants d’une certaine intégrité à laquelle Mobb Deep reste attaché avant le changement de direction artistique que l’on connaîtra par la suite.

Malgré un son un peu moins poussiéreux, Hell On Earth a su conserver le grain originel de ses sources (« Extortion » et son sample des Jackson 5, « More Trife Life », « Get Dealt With ») conférant à l’ensemble cette touche vintage si particulière, véritable marque de fabrique du rap du milieu des 90’s, notamment en raison de la modeste fréquence d’échantillonnage des machines comme la SP-12 ou 1200 sur lesquelles des beatmakers comme RZA ont pu élaborer leurs fameuses productions. A l’instar de l’opus précédent, les drums claquent en un écho sec, le beat est d’un dépouillement raffiné ce qui permet à des titres comme « G.O.D Pt.III », « Still Shinin’ », « Man Down » et « Nighttime Vultures » de répandre une nappe sonore aussi redoutable que sinistre.

Fer de lance du rap hardcore de la scène new yorkaise, Mobb Deep a su confirmer son statut de crew « ghetto » grâce à sa musicalité cafardeuse et des textes au réalisme exacerbé. Rarement l’expression « l’enfer sur terre » n’aura été aussi bien illustrée.

18,5/20

-Crazy Horus-

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