Blaq Poet – Blaq Society

Une maison semblable à toutes les autres de ce quartier de banlieue chic, un calme nocturne ne laissant transparaître aucune âme qui vive en-dehors. A l’étage, seule, Jenny, college girl et cheerleader à la poitrine généreuse, se savonne méticuleusement le corps sans avoir remarqué l’ombre au bras armé   qui va s’abattre sur elle…

Un mc, un des plus charismatiques du Queensbridge, esseulé depuis sa séparation artistique avec Primo, un tueur microphonique ayant pour seul objectif de faire saigner le verbe. Deux producteurs activistes de l’underground qui s’allient pour lancer leur propre boucherie Brutal Music, une rencontre entre les 3 hommes et toi qui n’a pas remarqué le skeud meurtrier qui va te charcuter les oreilles…


Dotée d’une pochette digne d’un film d’horreur des années 70, Blaq Society est donc l’album fer de lance de Brutal Music pour les producteurs Stu Banga, ex Guns-N-Butter, et Vanderslice. C’est aussi, un pied de nez aux sceptiques pensant qu’un Blaq Po en-dehors des manettes de DJ Premier n’est plus grand-chose. L’association peut paraître surprenante pourtant les 3 larrons ont clairement les mêmes sujets dans leur conception artistique : le meurtre, le meurtre et rien que le meurtre ! Si lyricalement Blaq Po ne risque pas de rentrer aux éditions de la pléiade, on ne peut lui amputer son univers de ruelle crado ensanglantée. Donc pour l’atelier porcelaine va falloir revenir en deuxième semaine. De l’autre côté nos deux beatmakers élevés à la côte de porc sauce AOTP trouvent plus leur place dans les abattoirs qu’en chorégraphes ingénieux du danseur étoile Patrick Dupond. Bref comme dirait Kyan Khojandi, si vous êtes plus soupe de tofu, on vous conseille de passer votre chemin et d’attendre gaiement la sortie de Take Care de Drake… (À moins que vous préfériez la vaseline en pot de la marque Tha Carter).

Amateurs d’hémoglobine, il vous suffit donc de presser la touche play de votre lecteur pour vous retrouver aspergé de l’hémoglobine sonore de ce Blaq Society. Tous les ingrédients sont réunis sur l’album, atmosphère angoissante, trame sur fond d’abattoirs désaffectées, mc assassin au micro et de multiples victimes à chaque verse. Mais voilà, si ce Blaq Society retranscrit toute l’ambiance morbide d’une scène de mutilation, la sauce ne prend pas du tout. Trop prévisible et redondant, voilà les adjectifs qui viennent qualifier cet essai.

 Trop prévisible, car si Blaq Poet est certes un symbole du QB tout à fait mérité par ses prestations tout en force et agressivité, d’un autre côté ses qualités d’écriture déjà à la peine sur le Blaqprint se font encore plus ressentir sur cet opus. Alors oui, quel autre mc pourrait représenter mieux que Blaq Poet sur une atmosphère purement meurtrière ? Peu,  mais après trois bains lyricals consécutifs, l’envie d’appuyer sur pause picote les doigts. En clair l’enchainement Power Music, Butcher Shop et Daytime Shootouts suffit à faire le tour de la thématique abordée. Prévisible sur les featuring car voir débouler une partie de la clique AOTP tel Chief Kamachi (ex-membre et très chiant sur Daytime Shootouts), Celph Titled et Apathy (qui enterrent le Daytime avec Nightime Shootouts), Reef The Lost Cauze (habitué au style de prods) et Vinnie Paz (Bushmaster Music, le gros est dans son univers) ce n’est en rien une surprise voir même une déception de pas voir l’entourage New-Yorkais de Blaq Po débarquaient. On notera la présence de Capone sur la production la plus décevante de la galette : Life Of Hustler.

 Trop redondant, sur la thématique bien sur mais surtout sur l’univers musical de Stu Banga et Vanderslice. Déjà proches sur la structure de leur beat, on est à la limite du copier/coller de boucle sur l’ensemble de ce Blaq Society. Dire que les deux gus ne maîtrisent pas le sujet serait mentir. Professionnels aux manettes et  pertinent sur les samples, on ne compte aucun réel déchet sur cet album (Life Of hustler ?), et les démonstrations s’enchaînent comme Mortuary Music qui retransmet à l’auditeur avec froideur l’atmosphère mortuaire ou New Age Villain bien street.

 Tel un film avec de nombreuses idées originales mais sans capacité de les réaliser sur long format, Blaq Society trébuche et nous égratigne au lieu de nous assassiner. Au cas par cas, chaque morceau possède des qualités intrinsèques réelles mais pris dans sa globalité l’album demande beaucoup de pause pour se digérer. Loin d’être un échec, la combinaison Vanderslice, Stu Banga et Blaq Poet ne convint pas sans pour autant décevoir.

14/20