Pete Rock / Smif-N-Wessun – Monumental
Il y a quinze ans, cela aurait été un événement, la sortie à attendre, le grand favori de l’année. Les médias spécialisés en auraient fait la couverture et il est fort à parier que la radio nationale spécialisée dans les « musiques urbaines » en aurait esquissé quelques lignes entre la diffusion du dernier Menelik et le très street Bambi Cruz. Mais voilà, nous sommes en 2011, et seule la reformation du duo Wayne et Birdman pourrait prétendre à cette ébullition. De leur côté, les nostalgiques ont du se réjouir de la formation d’une association entre les Brownsvillan Tek et Steele aka Smif N Wessun et du natif du Bronx Pete Rock. Et encore, à en croire certain Pete Rock ne fut jamais la légende prétendue mais juste un cats de Marley Marl et un voleur d’instru. Idée confortée par la frange intégriste des pro-dilla n’adhérant pas du tout à la part d’influence du soul brother envers leur protégé (une divinité peut-elle avoir des influences ?). Quand à SNW, la mascarade autour du projet Cocoa Brovaz et l’aventure désastreuse au sein de Rawkus, n’avaient eu comme effet de les relayer en second couteau du Boot Camp Click, sans motif légitime. Bref ce qui aurait du passer pour un projet majeur de l’année ne fut au final qu’une sortie comme les autres. Bien regrettable car si l’album est loin d’être Monumental, il reste, à l’heure où j’écris ces mots, l’une des références de l’année.
Petite parenthèse avant d’entrée dans le vif du sujet. En plus de la crise et des spectres de la récession qui nous prédisent une mort misérable en plus du retour de la peste noire, le peu de survivant seront malheureusement achevé par une nature vengeresse de notre manque d’éco-responsabilité passé. Si certains artistes partent en croisade pour sauver notre planète bleue (quoi de neuf Double Pact) malgré la fatalité, est-il pour autant obligatoire de nous refourguer un support carton tout pété qui ne fait que confirmer que le nom des artistes et le titre du projet ? 2011 a vu passer un paquet de skeud sur ce type de support dont Monumental et en tant qu’acheteur ça frôle limite le manque de respect. Parenthèse finie.
Petite question : quelle est à l’heure actuelle le point commun entre DJ Muggs et Pete Rock ? Réponse : leur capacité depuis une dizaine d’année à enchainer bouse sur bouse. Deux des plus grandes références de la prod de la fin des 80’s sont devenues deux des références à éviter actuellement. Dommage que la méfiance se soit transformée en mépris pour cet album car Monumental est clairement solide. Loin de la dernière sortie solo de Pete Rock NY’s Finest, Monumental se veut d’un classicisme absolu avec une ligne de prod très mélodieuse et une envie de ne pas tomber dans des beats surplombés quitte à rompre avec une ligne habituellement plus street. Bref la philosophie : faisons simple et évitons les critiques des plus acerbes.
Dur de juger la qualité réelle du titre éponyme tellement le sample déjà usé par IAM sur Independenza empêche toute objectivité. Retour du multi-sample certes moins raffiné que sous les mains d’un Buckwill, Prevail fait office de démarrage, Raekwon en guest pour une instru qui aurait bien collée à son OB4CL part 2, et niveau delivery Smif N Wessun fait du… Smif N Wessun d’où une certaine homogénéité idéologique sur le skeud qui se résume par des : get money, get cash, money show, pussy power, fuck bitches, I sell white girl, top of the world, rock bottom, hustlin’, sell drugs, tant de double sens qu’il serait dur de tous les énumérer (et puis quelque part c’est tant mieux). On notera au passage que Pete Rock a investit dans un cd de bruit en tout genre qu’il use (et abuse) tout au long de l’album, y-a-t-il un message subliminale derrière cela ?
Sans faire décoller l’album That’s Hard s’incorpore logiquement à la suite par contre son utilité comme single laisse dubitatif. Le morceau n’est pas mauvais mais n’a pas la carrure pour représenter un album si ce n’est la présence sans réel éclat de Style P. Vient ensuite l’objet de la discorde : pour ou contre Top Of The World ? Derrière un sample super cramé, ce NY anthem joue sur la facilité de son hook addictif mais loin d’être réellement taffé. Efficace et d’utilité publique pour la présence de Memphis Bleek, Top Of The World rappelle, toute proportion gardée, les street bangers capables d’enivrer une soirée Hip-Hop. Cette réflexion revient aussi sur Do It qui semble taper dans le registre des guitares de Santana (à vérifier tout de même vu que les crédits du cd sont complètements muets sur les samples utilisés…). Là encore une utilisation facile mais clairement réussie d’un sample tout fait, atmosphère fiévreuse bien répercutée par un hook féminin très sensuel. Après la lumière, place à l’obscurité avec la combinaison de trois qui fait mouche : Feel Me, Roses et Fire (sans oublier un peu plus loin Night Time) ou quand Smif N Wessun recycle la recette Nocturnal des Heltah Skeltah. Bouffes ton béton et le rat crevé gisant dessus. Durs, âpres et sans humanités, on fait dans le brut et rien à carrer que les femmes et les enfants soient sur la ligne de mire. Prix spécial à Freeway pour son hook sous acide sur Roses et chapeau pour la vraie cohésion entre l’instru et la thématique de Fire : enfin un morceau en harmonie du début à la fin. Dur de vraiment désapprouver un son sur cet album, histoire de faire sa langue de pute, Go Off (insipide) et This One (cd de bruit de Pete Rock additionné à un débit ragga sur une vibe pas du tout raccord). A la rigueur, les plus grosses faiblesses portent surtout sur les deux mcs. Tek et Steele survivent clairement par leur complémentarité mais chacun de leur côté ca ne vole pas toujours très haut. Plus en recherche d’efficacité, on ne trouve pas réellement de variation dans leur delivery du début à la fin de l’album. L’arrivée de poids lourd comme Bun B, Freeway, Hurricane G (un brin forcé), Sean Price et Black Rob assaisonnent le tout histoire de rendre moins fade l’ensemble.
Pas Monumental pour deux ronds et encore moins classique, la combinaison Pete Rock et Smif N Wessun satisfait par sa simplicité et une attitude ras du bitume. Pete Rock ne livre plus les fournées impériales d’il y a vingt ans mais démontre sa capacité technique et artistique à tenir un album de A à Z. De leur côté le duo Tek et Steele n’éblouie pas certes, mais rend un tout qui fera la fierté du Boot Camp Click. Un album parfait pour les virées nocturnes urbaines.
16/20
GD Star Rating
loading…
loading…
GD Star Rating
loading…
loading…













