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1995 – La Suite

Petits parasites indélébiles que l’on croit crasseux et contaminant toutes les classes sociales, on fait tout pour les éradiquer mais leur acharnement à survivre et à nous emmerder semble naturellement plus fort. Vous pensiez que cette chronique allait faire l’apologie des poux et bien grosse erreur car pire que les acariens c’est bien du groupe 1995 qu’il est question. Alors qu’est-ce qui pousse cet anonyme du web à focaliser ses critiques sur cette nouvelle génération (parler à la 3ème personne = swag)? Et bien simplement que l’on ne peut s’empêcher de les écouter afin de chercher la petite bête. Pourquoi ? Parce que la recette d’un 1995 est exclusive, elle n’a ni base réelle ni limite absolue. Laissez tomber les recettes grand-mère, ici c’est une marmite de tout et de n’importe quoi que nous offrent depuis leur explosion les ex-P.O.S. Crew. Alors quand La Suite déboule c’est aussi bien le couteau aiguisé du head de la vieille école que la curiosité malsaine d’un spectateur face à la dépouille d’un rap français pris de spasmes soudain qui se penche dessus.

Que les choses soient claires, on pourra me traiter de hater le jour où l’on reconnaîtra le nombre incroyable de dickriders que compose la toile et les soi-disants blogs indépendants qui tartinent la biscotte des artistes pour une once de reconnaissance et vingtaine de like sur leur facebook (et ce cas ne s’arrête pas à 1995 mais bien au rap en général et cette notion de Fam surexploitée par certains artistes). En clair, rien ne sert de venir chercher des explications quand d’autres arrivent à faire des parallèles entre La Suite des 1995 et le Enter The Wu-Tang du Wu…

Qu’attendre exactement de La Suite ? Durant un an le groupe et ses ramifications diverses ont pris en main le renouveau (ou le recyclage) du rap français, fini le temps de l’égotrip sur fond de punchlines et retour au fondamental sur un air très pro-atlantiste plus que sur les racines du rap français. De là, on a pu tout voir, du concret comme de l’anecdotique, des valeurs sûres comme des valeurs faibles mais surtout on ne pouvait qu’être interrogatif d’un succès sur un premier EP qui sur le fond était vide. Vide de structure, vide entre l’image et la prise de risque, bref beaucoup de bruits pour pas grand-chose. Auréolés de tout part, on aurait pu penser que les principales critiques (et là je ne parle pas du reproche de manque de street credibility/rap de banlieue, sans réel fondement), n’arrivent pas à ébranler ces petits cons. Et pourtant, La Suite est un peu le melting-pot d’une année tiraillée entre critiques et adhésions, une espèce de mise au point…

C’est pour les filles qui font pipi dans la rue et les minis cons qui m’idolâtrent

A l’instar de la pochette, La Suite est un EP façon relais château, fini les références 90’s et bienvenue à une vibe qui sent le luxe, calme et volupté. Un réalignement logique quand on se fie à la fan base (dans le genre choc des cultures, la date commune avec Method Man reste un grand moment d’incompréhension), et surtout une intégration dans leur playlist sans trop déranger entre Adel et Bénabar… Une ligne de conduite assumée et surtout une remise à plat du travail d’écriture. Fini le kickage anarchique et bonjour le travail thématique. Fini aussi cette force microphonique qui faisait leur intérêt, une mise au pas très dure pour certains d’entre eux, Alpha Wann en mode slow flow/rap chanté et Areno Jaz obligé d’afficher son manque de charisme sur des instrus plus feutrés (pour une expérience plus longue dans ce domaine : Alias Darryl Zeuja version microphonique du film Cast Away). On remarquera une envie de sortir de cette ambiance calfeutrée qui se conclue sur des échecs cuisants, Renégats et sa boucle irritante où les gars sont vraiment dans leur environnement et l’incompréhensible Bouffons du Roi sur un sample boom-bap ruiné par un refrain en epic fail (et un verse in english de Nekfeu : no more drama…).

Je suis même pas à 1%, pour tout vous dire je suis pas au top

Instru rouge velours, moquette rococo sur les drums, La Suite confirme cette impression de propreté assumée, encore une grosse épine dans ce rap jeu français qui s’entredéchire pour savoir dans quelle catégorie les six du 1995 doivent être casés. Dur de se prononcer quand les mecs s’amusent à taper sur les ambigüités et surtout à se contredire en permanence. A la rigueur la vraie certitude c’est ce gap de niveau qui depuis le premier EP s’est largement creusé, entre d’un côté les Alpha Wann, Nekfeu et le très réservé Fonky Flav’ et d’un autre côté les Sneazzy West (non l’humour et le battage de couilles ne font pas le flow) et Areno Jaz (on ne remet pas en cause sa passion mais ses prestations). Une ligne de production qui démontre certainement un réel talent de DJ Lo’ aux manettes mais qui est loin de faire l’unanimité. Si la qualité du taf se ressent très bien sur Bienvenue et La Suite (qu’on aime ou pas) on s’étonnera que DJ Lo’ s’adonne à une facilité du cramage de sample sur Comment Dire saxo ou non (et qu’il laisse Fonky Flav’ faire la même sur Le Temps Perdu) ou à des loops rock aussi dégueulasses que les prods d’Eminem dans le même domaine (Renégats). Dur aussi pour Ernest and AMZ qui délivrent une instru digne d’un Romero pour une prestation du niveau d’un Craven actuel. Enfin, le Heartbeats Crew, sur Taille de Guêpe, rend un travail passable qui valorise une thématique qui comblera 80% de la base de groupies.

A quoi sert d’être basketteur et de jouer à Villeurbanne

Le principal défaut de La Source s’axait surtout sur des textes en mode freestyle et une incapacité de débiter sur la thématique, avec La Suite et des instrus aussi excitants qu’une musique d’ascenseur, durs donc de ne pas couler qualitativement si les textes ne sauvent pas du naufrage. Point fort de cet EP, le travail de sape lié au rendu lyrical par les principaux détracteurs semblent avoir eu raison des larrons. Manque de chance, cette amélioration vient aussi renforcer les différences de niveau. Dur de taper sur Areno Jaz sans lui reconnaître un vrai talent d’écriture. Chose déjà ressentie sur son projet solo, Areno Jaz est surement la plume du groupe et à chacune de ses apparitions, il tire à lui seul la couverture à ce niveau (avec Nekfeu) mais voilà sa transparence microphonique casse cette dynamique et l’envoi directement dans les abimes des MCs à oublier. Autre déception à ce niveau, Sneazzy West, qu’il soit à 1 ou 100%, le gars nous offre un répertoire assez pathétique dans le genre (Comme un grand). Pour les autres, rien de vraiment mémorable, Nekfeu (en bon écolier, porte parole d’une certaine éthique rappologique en lutte contre les clichés véhiculés) et Fonky Flav gardent la pôle position pendant qu’Alpha Wann s’entête à rechercher des phases les plus incongrues possibles (ce qui a au moins le mérite de faire rire).

1995 réussit de nouveau son pari : emmerder son monde et capitaliser sur un renouveau du rap sans réalité. Rien à foutre pour la troupe des 6, puisque la notoriété est là que le déplacement de fans dans les salles de concert devrait donner à réfléchir à certains old timers nostalgiques incapables de se bouger quand les salles de concert à moitié remplies de mcs qui en auraient bien besoin. Ni meilleure, ni plus faible, La Suite est surement inversement de La Source, seule certitude, la direction artistique est très loin d’être semblable des premiers open mic, un sacrifice surement logique mais peut être pas payant musicalement parlant…

11/20

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