Sortie: 3 Mars 2005
Label: G-Unit/ Shady/ Aftermath/ Interscope
Producteurs: Dr. Dre, Eminem, 50 Cent, Black Jeruz, Buckwild, Cool & Dre, Cue Beats, Dangerous LLC, Disco D, F.B.T., Hi-Tek, J. R. Rotem, Mike Elizondo, Needlz, Scott Storch, Sha Money XL, C. Styles & Bang Out

En ce début d’année 2005, 50 Cent est sur tous les fronts. Non content d’être devenu l’un des plus gros vendeurs de l’industrie et de produire des artistes à succès au sein de son G-Unit Records, le rappeur au flow insolent s’invite dans la presse people, les hautes arcanes du monde des affaires et bientôt le cinéma. Curtis Jackson est partout, compte être partout et son assurance s’est muée en arrogance. Histoire de continuer à faire parler de lui il se lance dans un grand cirque de provocations, multipliant les prises de bec avec ses homologues New-Yorkais (Ja Rule, Fat Joe, Jadakiss entre autres) à l’aide de petites phrases assassines savamment distillées en interview et de diss tracks plus ou moins percutantes. Toutes choses qui ont pour principal effet de lui attirer encore plus de haters et de finir par en faire une des personnalités les plus détestées de la Grosse Pomme. 50 n’en a cependant cure. Du moment qu’il occupe le devant de la scène et que les ventes sont assurées, aucune raison de se plaindre.
C’est donc en pleine confiance qu’il aborde la réalisation de The Valentine’s Day Massacre. Prévu pour la fin 2004, il sera repoussé et verra son titre écourté en The Massacre. La question qui taraudait tout le monde était de savoir si ses mentors Dr. Dre et Eminem produiraient intégralement le disque comme le voulait la rumeur. La réponse sera finalement livrée avec la sortie du premier single Disco Inferno produit par C. Styles & Bang Out. Cette espèce de In Da Club à la vidéo x-rated fait naitre de sérieuses craintes quand au contenu de cet album. Un titre peu convaincant où l’ami Curtis ne se foule pas, se contentant d’assurer une performance correcte sans plus. Le tubesque Candy Shop (produit par Scott Storch) et ses rimes à connotations sexuelles ne s’avère pas plus rassurant mais a au moins le mérite de le replacer en tête des charts et de lui attirer les faveurs du grand public, particulièrement sensible à ce titre aussi sucré que le laisse présager son intitulé. 50 semble à présent vouloir faire du son accesible à tous, ce qui ne manque pas de lui attirer les foudres de ses haters, chaque jour plus nombreux, qui critiquent son virage commercial et vilipendent son attitude condescendante. Toutes choses pour lesquelles l’album sera descendu à sa sortie et provoquera une scission dans le microcosme hip-hop désormais partagé entre ses groupies inconditionnelles et ses haters. Il importe cependant de faire fi de ce clivage pour apprécier cet album à sa juste valeur.
On attendait énormément de productions d’Eminem et de Dr. Dre, il faudra se contenter de quelques bribes. Les deux monstres sacrés ne sont aux manettes que pour cinq titres. Deux prescriptions pas franchement exceptionnelles du bon docteur (Outta Control et Gunz Come Out) et trois legs du blondinet de Détroit suffisent cependant à faire son bonheur (Ce dernier s’invitant au micro sur le délirant Gatman et Robbin). Le reste de l’architecture sonore est confiée à divers producteurs plus ou moins connus. Paradoxalement ce sont eux qui donneront de l’épaisseur à la sauce. Après une intro sur fond de meurtre vite digérée, C. Styles & Bang Out nous prouvent qu’ils ne sont pas bons qu’à faire des titres clubs. In My Hood s’avère être une réussite et laisse augurer d’un album moins commercial que l’on voudrait nous le faire croire. Cette impression se prolonge avec un This Is 50 plutôt moyen mais surtout le très bon I’m Supposed To Die Tonight magnifiquement orchestré par Eminem. Les choses se gâtent cependant avec Piggy Bank, diss track torchonneuse sans aucun fondement. 50 s’en prend à Shyne, Jadakiss, Fat Joe, Lil Kim, Nas et Kelis, le tout sur un orchestration de Needlz qui n’est rien d’autre qu’un succédané du Let Me In de Young Buck. Ce titre sans éclat est la première grosse tâche de cet album. Dans le même giron on peut ranger le trio de bangers typés orientaux (Disco Inferno, Candy Shop, Just A Lil Bit) qui ne servent à rien qu’à assurer les ventes ainsi que quelques titres tout aussi peu convaincants (le très passable So Amazing et l’arrogant God Gave Me Style).
C’est lorsqu’il revient à un son plus East Coast que 50 atteint des sommets. Ses deux collaborations avec Hi-Tek (Get In My Car et Ryder Music) sont plus que convaincantes. D’autres tueries made in NYC comme Ski Mask Way, l’efficace Position Of Power et le surprenant I Don’t Need Em en viennent à faire regretter qu’il ne nous aie pas livré un album entier dans cette veine. Autres bonnes surprises My Toy Soldier avec un Tony Yayo qui se distingue, l’excellent Build You Up (surprenant qu’on en ait pas fait un single) en featuring avec Jamie Foxx et même dans une moindre mesure A Baltimore Love Thing apportent une réelle plus-value à ce disque. Le remix de Hate Or Love It situé en fin de disque en devient limite anecdotique.
Au final un disque de plutôt bonne facture, bien sur largement inférieur au précédent mais tout de même réussi dans son genre. Beaucoup de refrains chantés/chantonnés et pas mal de titres dispensables mais il serait hypocrite de ne retenir que ces errements. Bien sur on ne peut qu’être déçu au cas où l’on attendait une bombe, trouver que Curtis Jackson tourne en rond et ne se renouvelle pas, mais on ne peut sans ciller affirmer que cet album n’a aucune qualité et est juste bon à finir aux ordures. En dépit d’une Street Credibility au plus mal à l’époque, 50 continue son chemin vers la popularité de fort belle manière quitte à livrer un album en deçà de ses possibilités mais suffisamment accessible pour assurer les ventes. Après tout c’est tout ce qui lui importe.

14/20

Tracklist:

  1. « Intro » (Produit par Eminem)
  2. « In My Hood » (Produit C Styles et Bang Out)
  3. « This Is 50″ (Produit par Black Jeruz)
  4. « I’m Supposed To Die Tonight » (Produit par Eminem)
  5. « Piggy Bank » (Produit par Needlz)
  6. « Gatman And Robbin’ » feat. Eminem (Produit par Eminem)
  7. « Candy Shop » feat. Olivia (Produit par Scott Storch)
  8. « Outta Control » (Produit par Dr. Dre)
  9. « Get In My Car » (Produit par Hi-Tek)
  10. « Ski Mask Way » (Produit par Disco D)
  11. « A Baltimore Love Thing » (Produit par Cue Beats)
  12. « Ryder Music » feat. Dion (Produit par Hi-Tek)
  13. « Disco Inferno » (Produit par C Styles et Bang Out)
  14. « Just A Lil’ Bit » (Produit par Scott Storch)
  15. « Gunz Come Out » (Produit par Dr. Dre)
  16. « My Toy Soldier » feat. Tony Yayo (Produit par Eminem)
  17. « Position Of Power » (Produit par Jonathan « JR » Rotem)
  18. « Build You Up » feat. Jamie Foxx (Produit par Scott Storch)
  19. « God Gave Me Style » (Produit par Needlz)
  20. « So Amazing » feat. Olivia (Produit par Jonathan « JR » Rotem)
  21. « I Don’t Need ‘Em » (Produit par Buckwild)
  22. « Hate It Or Love It » (G-Unit Remix) (Produit par Cool & Dre)

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