Avec un teasing de tous les instants, une flopée de vedettes conviées et un tapis rouge de prestige il est malséant d’affirmer que les Grammys Awards ne sont pas devenus un évènement people à part entière. Comme souvent dans ce type de cérémonie on en vient limite à oublier ce qui motive cette soirée de gala aussi pompeuse que stéréotypée. Je vous épargnerai donc les sempiternels défilés sur le tapis rouge ou chacun(e) vient montrer sa robe ou  son costume dans une farandole baroque ou sobriété et mauvais goût se côtoient allègrement. Idem pour les interventions au micro de la presse accréditée qui ne sont dans le fond qu’une succession de lapalissades et de cirage de pompes. Ce qui nous intéresse nous c’est la musique et le nom des vainqueurs dans chacune des catégories.

Si 2010 avait été l’année du triomphe du juvénile et insupportable Justin Bieber dans les charts, son statut de favori était clairement remis en cause dès l’annonce des nominations (il était nommé deux fois). Et on ne s’y est pas trompé. Le chouchou des pré-adolescentes repart avec zéro récompense sous le bras. Même sanction pour la sirupeuse Katy Perry (quelque part il y a une justice) qui en dépit de ses quatre nominations rentre chez elle bredouille. On est cependant un peu plus compatissant pour l’excellente Janelle Monaé. Si The Archandroid a été l’un des albums marquants de l’année écoulée, sa qualité n’a pas été en mesure de faire pencher la balance en faveur de la protégée de Big Boi. Dommage!

Paradoxalement ceux sur lesquels on pariait le moins ont décroché la timbale lors de cette cérémonie. Si tout le monde s’attendait à voir Lady Gaga rafler un maximum de titres, la blondasse vulgaire s’est vue devancée par le groupe country Lady Antebellum qui rafle cinq prix dont ceux de la meilleure chanson et du meilleur album de l’année. Un camouflet dont se remettra cependant plutôt bien l’égérie numéro 1 de la pop putassière en écrasant la concurrence dans sa catégorie de prédilection. Son omniprésence est sanctionnée par trois prix.

Dans la catégorie hip-hop on a eu droit a une bonne blague avec la victoire d’Eminem dont le Recovery a été désigné album de l’année. Dans la foulée son Not afraid est classé Meilleure interprétation solo. Le même sentiment persiste à l’annonce de la victoire de Jay-Z dans la catégorie Meilleur titre rap avec Empire State Of Mind. Son duo avec Swizz Beatz On To The Next One décroche lui aussi la récompense dans la catégorie des meilleures collaborations. Si la désignation du Wake Up des Roots et John Legend est a peu près méritée, on manque de s’étrangler lorsqu’on apprend que le fadasse Raymond vs Raymond d’Usher est primé comme meilleur album de R&B contemporain.

Mais bon il convient de se raviser. Il y a bien longtemps que ces cérémonies privilégient la popularité au détriment de la qualité. A ce titre pas surprenant de voir La Roux, David Guetta ou Rihanna rafler des prix. C’est tellement convenu qu’on n’arrive même plus à s’offusquer. Quoi qu’il en soit le palmarès est comme d’habitude largement discutable mais qu’importe. Le rideau se baisse, tout le monde se congratule et rendez-vous est pris pour l’an prochain avec des titres encore plus pourris, des costumes encore plus indécents, des récompenses encore moins surprenantes  et des amateurs de bonne musique encore plus frustrés. A force on en a l’habitude. A l’année prochaine pour le plébiscite de Kanye West.

La Liste des nominés et des vainqueurs

A propos de l'auteur

Journaliste et chroniqueur musical,Street Poet est le fondateur du forum hip-hop/football On The Corner. Il collabore également à divers sites et webzines et exerce comme correspondant pour quelques magazines d'informations.

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