S’il y a bien un retour qui était attendu c’est celui-là. Groupe phare du rap Français la formation marseillaise restait sur un troisième album à succès ayant apporté une pierre de plus à leur légende. Outre une Victoire de la musique, L’école du micro d’argent a été sanctionné d’un disque de diamant et plébiscité tant par le grand public que par l’aile dure du mouvement. S’en suivra malheureusement une éclipse de six ans seulement rompue par le maxi Independenza et quelques inédits distillés ça et là. Les membres ayant décidé de se consacrer à leurs projets personnels, nombre commençaient à désespérer d’entendre de nouveau IAM au grand complet sur un album. L’annonce du retour aux affaires de la bande à Akhenaton a donc fait l’effet d’une bombe alors même que les contours du projet étaient à peine fixés. La question était plutôt de savoir ce que nous réservait ce groupe devenu le porte-drapeau d’un rap mâture. Après le succès du précédent opus la pression était bien réelle et le crew marseillais devra composer avec elle tout au long de l’élaboration de l’album. Premier élément de réponse un single détonant conviant les Blunt Brothers, j’ai nommé Method Man et Redman. Un premier éclaireur qui s’il n’est pas leur meilleur titre et ne livre que peu d’indications au sujet de la teneur du disque s’avère tout de même assez réussi pour réveiller le buzz du groupe.

A l’écoute on réalise que le groupe est loin d’avoir perdu son esprit revendicatif. Le réalisme est toujours de rigueur et la palette des thèmes abordés s’avère être plus que complète. Qu’il s’agisse d’évènements politiques récents (le 11 septembre dans Bienvenue, le 21 avril dans un 21/04 au titre évocateur ou encore la guerre d’Irak dans Armes de distraction massive), de faits de société (le racisme et la xénophobie dans Nous, le viol dans Ici ou ailleurs, les violences conjugales dans Fruits de la rage) ou de constats plus généraux, la qualité d’écriture et la pertinence du propos sont appréciables. Le tout donne un disque dur, passionné et parfois désabusé. Ce survol de notre société moderne ne manque pas de faire réfléchir à la fois sur nos actes et l’état de notre monde. N’allez cependant pas croire que le propos se veut radical. Akh et ses frères de rimes ont plutôt miser sur la nuance et évite au maximum de sombrer dans un manichéisme naïf.

Si la cohésion textuelle est assurée, on est en revanche plus circonspect au sujet des performances des interprètes. Freeman étant devenu un MC à part entière il n’est donc pas surprenant de le voir poser aux côtés des briscards Shurik’N et Akhenaton. Seul souci si Free essaie d’apporte quelque chose par son flow plus varié, il peine à s’imposer. La différence de niveau avec ses acolytes est parfois flagrante, comme sur Armes de distraction massive où il est clairement à la ramasse. De plus il a beau faire un effort dans l’écriture il est encore loin des cimes atteintes par Shu et Akh, ce qui a pour principale impression de faire de lui le boulet du groupe. Si ses collègues s’en sortent bien mieux, ils ne sont pas non plus exempts de tous reproches. Shurik’N a retrouvé un niveau appréciable depuis son disque commun avec Faf La Rage, mais l’écho du génial Où je vis hante ses performances et tendent à nous les faire déprécier comparativement au travail fourni sur son album solo. Le fait que son écriture soit moins imagée qu’à l’accoutumée joue aussi en ce sens. Akh quant à lui fait du Akh dans sa plus pure expression. Toujours aussi affuté il nous livre ses ressentiments avec autant de justesse et de pertinence que d’habitude. Seul hic, malgré une efficacité salutaire, son propos tend à devenir redondant et disons le prévisible. La faute à son omniprésence médiatique durant toutes ses années ? Il y a fort à parier que si.

Pour ce qui est de l’instrumentation, Imhotep, principal artisan sonore des trois premiers opus se retrouve mis en retrait et ne signe qu’une poignée de titres. Le reste des productions sont surtout l’œuvre du tandem Bruno Coulais/Akhenaton. Si le duo peine à trouver de la fraicheur, son travail a gagné en profondeur mais pas nécessairement en efficacité. Des prods comme celles de Bienvenue, Lâches ou même Mental de Viet-cong sonnent creux comparées à l’inspiré Pause drivé de main de maitre par Imhotep. Si l’éclectisme a été privilégié on a tout de même le sentiment d’un manque de cohésion instrumentale, point fort des opus précédents qui avaient une réelle couleur. L’univers empreint à la fois de mystique et de références orientales n’est plus, toutes choses qui ont plutôt tendance à dérouter.

Heureusement il y a tout de même des titres qui sortent du lot. Le tendu Stratégie d’un pion ouvre l’album de façon assez parfaite. L’excellent Nous porté par la voix d’un Kayna Samet des grands jours s’avère plutôt rafraichissant, tout comme la collaboration avec Syleena Johnson sur Ici où ailleurs. Autres moments forts le théâtral Second souffle (qui porte très bien son intitulé) magistralement produit par DJ Khéops. Le reste tient tout de même la route, à l’image du titre éponyme. Seul Bienvenue est totalement ruiné par une prod sans imagination et un featuring inutile de Beyoncé.

Contrat plutôt rempli au final pour IAM. Si l’album souffre d’inégalités et tranche quelque peu à ce à quoi on s’attendait au plan instrumental, il est tout de même une réussite, bien qu’en deçà de  certaines espérances. Du rap par et pour adultes témoignant de l’évolution personnelle des différentes  composantes du groupe. Rien que pour ça ce Revoir un printemps vaut largement le détour.

4 Réponses

  1. Doc Ish

    il m'avait un peu déçu quand il est sorti lui. Pas au level du précédent mais c'est comme le bon vin ça vieilli bien et en grandissant on comprend mieux le skeud, on rentre plus dedans quoi

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  2. Casablanca Driver

    J'avais pas trop aimé à la sortie mais avec le temps ça le fait. je retiens Nous, Noble Art, Ici ou ailleurs, Visages dans la foule, Pause et Stratégie d'un pion

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  3. Carmelo

    Quand ils rentraient chez eux est ma tuerie du skeud juste devant Second Souffle. Moi par contre j'ai rien contre la prod de Lâches mais d'accord pour Bienvenue, Beyoncé a rien à faire là et la prod pue du cul.

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  4. John Connor

    Je suis pas trop pera français mais ce skeud m'avait bien plu dès la première fois. Après c'est sur que si tu avais 15 piges à la sortie ça devait souler. On est tous d'accord pour dire que Bienvenue c'est de la merde.Mental de Viet-cong aussi je suis pas fan de la prod.

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