Après les satisfactions place à présent aux déceptions. Si l’année a été riche en sorties, elle fut émaillée par un grand nombre de disques ternes et de pétards mouillés, au point que la liste des albums sans relief est largement supérieure aux sorties correctes. Toutefois au jeu de la médiocrité certains ont frappé fort, très fort même quand d’autres se contentaient de livrer des projets largement en-dessous de leurs possibilités et malgré tout encensés par une critique de moins en moins objective. Retour donc sur les principales déceptions rapologiques de l’année, qu’il s’agisse des albums merdiques, des projets ratés ou des disques trop moyens venant d’artistes nous ayant habitué à bien mieux.

Lupe Fiasco – LASERS

De très loin le disque le plus décevant et disons même l’un des plus nuls qu’il nous aie été donné d’entendre. Attendu depuis des années cet album de Lupe Fiasco a définitivement écorné l’image de marque de son auteur. Après deux premiers albums sympathiques où il aura fait montre d’un certain talent pour le story telling et les sujets  plus réfléchis, à l’inverse des délires matérialistes de ses pairs, il se sera totalement planté avec ce projet sans aucune saveur, loupé magistral que pratiquement rien ne vient sauver. Au menu direction artistique des plus hasardeuses (si tant est qu’il y en ai eu une), lyrics sans conviction, plouflines, excès de sonorités pop et comme toujours sa marque de fabrique un message bienséant toujours aussi naïf. Un fiasco complet. Plutôt que de se prononcer sur la politique d’Obama, il ferait mieux de nous livrer de la bonne musique. Pour l’heure il a hypothéqué son capital sympathie et il lui sera très difficile de se remettre de ce loupé. On ne lui en aurait finalement pas voulu d’appeler cette atrocité auditive Losers.

Jay-Z & Kanye West – Watch The Throne

Si il y a cinq ou six ans l’annonce de cette collaboration aurait laissé augurer un classique ou tout au moins un album de très haut niveau, le contexte n’est clairement plus le même. Si Kanye West stagne de plus en plus dans son évolution artistique, Jay-Z lui par contre n’est plus que l’ombre de lui-même depuis quelques années et n’en finit pas de régresser. Et malheureusement ces tendances vont se confirmer avec ce disque précieux (dans le sens péjoratif du terme) et empreint de suffisance. Au final on aura droit à un délire consumériste des plus malsains où les deux protagonistes balancent leur nouveau statut social à la face de leurs auditeurs sans le moindre recul. Ce summum du rap matérialiste aurait malgré tout pu être de meilleure facture mais il est desservi par des instrumentaux sans relief et des performances microphoniques lamentables. Lyrics au ras-des-pâquerettes, instrumentaux surchargées et faussement novateurs, technique limite, voire inexistante, cet album apparait plutôt comme un gigantesque exercice de vantardise (on ne peut plus parler d’egotrip-là) visant à faire passer pour génial quelque chose de bâclé. Et au vu des réactions de la presse généraliste on ne peut pas dire que le but n’est pas atteint. Venant d’un des meilleurs rappeurs de tous les temps et d’un producteur qui nous a largement montré mieux par le passé, ce projet à des relents de foutage de gueule.

Lil Wayne – Tha Carter IV

Le retour aux affaires de la sensation sudiste était comme toujours ultra-attendu, même après un Tha Carter III bien terne, un disque rock calamiteux et des prestations de plus en plus médiocres en featuring. Et au final Tha Carter IV n’aura pas été l’album de la renaissance en dépit d’espoirs entrevus avec le projet I Am Not A Human Being. Weezy aura beau vouloir essayer de marquer le coup en convoquant de nouveaux architectes sonores (à moins que ce soit parce qu’il est en procès avec une bonne partie des concepteurs de Tha Carter III), mais la mayonnaise ne prend pas. Résultat une espèce de sonorité pop aseptisée s’impose comme fil conducteur de l’album. Pour ne rien arranger Wayne s’évertue à nous casser les oreilles en essayant tant bien que mal de pousser la chansonnette. Ajoutons à cela les habituels lyrics biscornus digne d’un pré-ado, des concepts pas franchement bien trouvés, un diss de Jay-Z aussi inopportun que pathétique et on a fait le tour.  Le meilleur titre est donc finalement l’Outro qui convie quelques MCs dignes du nom (Nas et Bun B on sera plus réservés au sujet de Busta Rhymes et de Shyne) qui se sont fait un plaisir de l’outshiner sans ménagement. Un disque sans grand éclat, sitôt écouté sitôt oublié.

Wiz Khalifa – Rolling Papers

Porté par le succès de son monumental single Black & Yellow, la moitié d’Amber Rose abordait ce nouvel album avec énormement de certitudes, dont une popularité au climax. Les fans de la première heure eux espérait simplement qu’il réédite les performances de ses mixtapes (dont l’encensée Kush & Orange Juice) pour son premier album en major. Au final il convient d’oublier la relative dextérité dont il avait fait montre jusque-là. Dans la foulée de Black & Yellow, l’album tout entier est calibré pour péter les charts et squatter les ondes. Oubliées les thématiques ghettos, place à un contenu qui se veut plus clinquant mais qui au final sera nettement moins inspiré. Du Wiz Khalifa en petite forme pour faire simple, naviguant en eaux troubles entre essais de bangers, morceaux convenus et prise de risques inexistante (il se sera contenté de livrer le minimum syndical). De loin son moins bon projet et au vu de la tournure que prend sa carrière et de son image publique, il ne faut pas espérer mieux pour la suite, sauf peut-être en mixtapes.

Bad Meets Evil – Hell : The Sequel

Un autre projet qui sera arrivé trop tardivement. Après leur embrouille, les deux fortes têtes de Detroit, Eminem et Royce Da 5’9″ finissent par se rabibocher et entreprennent même de sortir enfin ce disque qu’on n’espérait plus. Le problème est que l’un comme l’autre ne sont plus aussi tranchants que par le passé et leurs carrières respectives restent sur des sets diversement accueillis par la critique. En définitive, s’ils ont montré une bien meilleure alchimie que d’autres rappeurs s’étant livrés à l’exercice de l’album en duo cette année, le projet est aux antipodes de ce qu’on en attendait. On rêvait d’un album, il faudra se contenter d’un EP. On imaginait une flopée de punchlines des plus percutantes et des sommets lyricaux, on n’aura droit qu’a du moyen, voire du médiocre à l’echelle des possibilités des deux interprètes. Eminem reste dans la lignée de Recovery, ne faisant pas suffisamment varier ce flow énervé qu’il remixe à toutes les sauces depuis son dernier album (pour rappel c’était un de ses points forts dans le temps). Son acolyte s’en tire un peu mieux mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu faire encore mieux, surtout qu’il s’aligne sur Em. Ajoutons à cela des collaborations inattendues avec Mike Epps et Bruno Mars et on imagine bien la surprise des fans de la première heure. Pas mauvais mais en deçà des attentes.

Tyler, The Creator – Goblin

Après avoir marqué l’année 2010 avec sa clique de fous furieux d’Odd Future Wolf Gang Kill Them All, le pygmalion de cette bande de jeunes anarchistes Tyler, The Creator se voit offrir un contrat en major. La question était de savoir s’il parviendrait à concilier l’esprit rebelle et volontiers subversif de son crew dans une industrie du disque plus formatée que jamais. Finalement ce deuxième set ne répondra pas aux attentes de ceux qui espéraient un album dans la lignée des délires propres au crew. Bien sur il y aura bien quelques titres qui rappelleront aux fans de la première heure l’esprit Odd Future fait de propos tapageurs et de lyrics orduriers, mais dans son ensemble le disque est assez décevant et est loin d’être la révolution annoncée. Pis on a même le sentiment que le collectif, à l’image de son créateur, tourne déjà en rond au point de finir par devenir un épiphénomène de plus comme cette culture en a trop vu. Résultat des courses ce succédané de leur production antérieure aura plutôt desservie le crew qui a depuis perdu en influence sur la toile, relégué par d’autres valeurs montantes comme A$AP Rocky.

Wale – Ambition

On l’avait quitté avec un premier album prometteur qui laissait augurer d’un bel avenir. Une impression confortée par une mixtape convaincante, More About Nothing, et de bonnes prestations en featuring. Cependant les choses vont se gâter avec sa signature pour Maybach Music Group. Là, changement d’univers. Wale s’inscrit désormais dans l’esprit propre à sa nouvelle écurie et sa musique s’en ressent, au point de dérouter ses fans de la première heure. Une régression qu’on avait déjà pu entr’apercevoir sur l’album collectif du MMG Self Made Vol.1 et qui sera malheureusement confortée avec ce deuxième album qui n’aura pour seule ambition que de bénéficier de bonnes ventes. On se retrouve donc avec un disque éloigné de la fraîcheur du premier avec lequel il n’a pas grand-chose à voir, tant au niveau des collaborateurs que des thématiques abordées. Toutes choses qui ressemblent à un gros retournement de veste. Pour ne rien arranger Ambition est peu enjoué, trop calibré charts et surtout beaucoup trop impersonnel en comparaison avec sa production antérieure.

Jedi Mind Tricks – Violence Begets Violence

Si Jedi Mind Tricks est globalement bien estimé par les fans de rap underground, aidé par une discographie de bonne tenue, la situation se révélait moins reluisante en coulisses. Après le retour de Jus Allah pour A History Of Violence, on imaginait que le combo reconstitué reviendrait encore plus fort. Malheureusement son architecte sonore, Stoupe décide de prendre ses distances avec le hip-hop et ne produit donc aucun titre pour ce Violence Begets Violence. Lui parti, c’est toute l’identité sonore de JMT qui se trouve ébranlée. Ce contretemps oblige Vinnie Paz à faire appel à de nouveaux concepteurs musicaux pour mener à bien cet ultime projet. Malheureusement ces producteurs de substitution ne parviendront pas à se hisser au niveau de Stoupe en dépit de contributions largement inspirées par son travail. Vinnie et Jus ne retrouveront pas l’alchimie qu’ils affichaient avec Stoupe et la conséquence est que ce disque sonne comme un ersatz de leur propre production passée, n’apportant au final rien de mieux à leur discographie et laissant une impression d’auto-parodie. Ces sous-traitants n’atteindront jamais les sommets de leur inspirateur et les membres restants ne s’émanciperont jamais de lui sur ce disque.

Yelawolf – Radioactive

La signature de Yelawolf au sein de Shady Records avait fait naitre de grosses attentes au sujet de ce MC qui a largement fait ses preuves en indépendant à coups de mixtapes percutantes et d’EPs de qualité. Avec la puissance de feu de l’écurie de son nouveau mentor auquel il est parfois comparé, son premier album en major se devait d’être marquant, surtout que l’essentiel de la production est laissée à WillPower son concepteur musical attitré. Finalement le disque ne répondra pas aux espoirs placés en lui. En essayant de rendre sa musique plus accessible, Yelawolf a perdu en spontanéité et fait les frais d’une direction artistique assez confuse comme en témoigne la guest list. De plus WillPower qui était censé assuré la continuité avec les projets sortis en indépendant se loupe totalement, livrant les plus mauvaises productions du disque. Pour ne rien arranger Yela ne brille pas non plus particulièrement au micro, ce qui a pour effet de déboucher sur un disque tout ce qu’il y a de plus impersonnel à oublier au plus vite. Très certainement une des plus grosses déceptions de l’année.

Game – The R.E.D. Album

Attendu depuis 2009, le nouveau cru de Game aura mis du temps à arriver à cause des difficultés de l’intéressé à se faire du buzz. Finalement il franchit le rubicond et livre enfin ce R.E.D. Album au moment ou il bénéficie d’un timide regain d’intérêt (surtout suscité par l’annonce de la participation de Dr. Dre qui au final ne produira pas de titre dessus,  se contentant de meubler les interludes). Après un LAX décevant on était en droit d’espérer qu’il redresse la barre, et finalement c’est très loin d’être le cas. La direction artistique s’avère encore plus aventureuse que d’accoutumée. Un projet fourre-tout sur lequel on retrouve de tout (guest list racoleuse au possible) mais surtout n’importe quoi. Comme toujours Game ne brille pas au micro, usant et abusant comme toujours du name dropping (on ne change pas les habitudes qui soûlent) et étalant ses limites lyricales tout au long de ce disque longuet et plus qu’inégal, trop touffu pour être parfait. Une chose est certaine les meilleures années de Game sont derrière lui, à la grande joie de ses détracteurs.

Black Rob – Game Tested, Streets Approved

Un retour attendu qui devait marquer le renouveau de la carrière de Black Rob au sein de Duck Down Records. En définitive c’est un raté magistral. Desservi par des productions sans imagination (vive les samples grillés et les instrumentations sans saveur) et des performances médiocres, ce disque restera surtout dans nos mémoires pour son extrême fadeur. Pratiquement aucun son ne marque plus que ça et il s’oublie en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire . On dirait presque un album d’amateur par moments. Ce qui aurait pu être une tape correcte est donc devenu un LP médiocre.

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