Un certain nombre d’albums ont bénéficié d’un buzz énorme ou ont motivé un certain nombre d’attentes tant de la part du public que de la presse spécialisée et ont été au final loin d’être à la hauteur de l’agitation qu’ils ont suscité. Le but de cette série d’articles est de vous faire (re)découvrir ces pétards mouillés qui aux côtés des grosses réussites et des disques corrects se partagent l’actualité de l’historique des sorties en rap américain.

Il convient de préciser que les disques cités dans ce tour d’horizon sont uniquement ceux pour lesquels les attentes étaient énormes et qui se sont avérés être de moindre/piètre qualité comparativement aux prévisions avec cependant un bémol: les albums pour lesquels on s’attendait plus ou moins à ce que ce ne soit pas fameux ont été écartés de notre liste. Même sentence pour ceux qui ont certes été critiqués à leur sortie avant d’ être ensuite réhabilités ou de très bons disques injustement descendus parce que sortis après un disque précédent qui  leur était largement supérieur.

En outre pour des raisons pratiques (éviter un article-fleuve) nous avons pris le parti de subdiviser ce tour d’horizon en plusieurs périodes en nous basant sur les dates de sorties. Des périodes de cinq ans ont été ainsi retenues et nous avons également décidé d’écarter les disques sortis dans les années 80 et les cinq premières années de la décennie 90. Pourquoi? N’étant pas contemporains de ces sorties ou pas suffisamment conscients pour nous en rappeler distinctement, il nous est difficile de parler de la façon dont ces projets étaient attendus par les auditeurs. L’année 96 a donc été retenue comme point de départ. Les articles couvriront chacun une période de cinq ans (1996-2000, 2001-2006…) à l’exception du dernier qui ne couvrira pas les albums sortis cette année (ils feront par la suite l’objet d’un article en fin d’année). Rappelons également que ces articles n’ont pas la prétention d’être exhaustifs.

Nous débutons donc ce tour d’horizon.

Dr. Dre presents… The Aftermath (1996)

 Après son départ fracassant de Death Row, Dr. Dre décide de s’établir à son propre compte au sein d’une nouvelle écurie baptisée Aftermath Records. Sa popularité aidant (il avait un statut de tête d’affiche), la lumière est directement mise sur ce label qui n’avait encore rien sorti. La compilation baptismale se devait d’atteindre des sommets, surtout que Dr. Dre est encore un producteur côté et qu’à l’image de ses débuts avec Death Row, il est à la production exécutive de ce projet sur lequel on retrouve King T et RBX. La déception sera grande pour tous. Outre le fait que le bon docteur ne produit pas beaucoup dessus, énormément de titres sont trop moyens ou carrément médiocres. Dre n’a beau rapper que sur une seule track l’échec lui est totalement imputable bien que le disque soit certifié or. On ne retiendra de ce disque que le fameux Group Therapy, réunion de RBX, B-Real, KRS-One et Nas, pour un titre visant à apaiser les tensions entre les deux côtes et le single Been There Done That.

 

Jay-Z – In My Lifetime Vol.1 (1997)

Auteur d’un premier disque certifié classique et unanimement plébiscité tant par le public que par la presse spécialisée, Jay-Z était déjà l’un des rappeurs les plus en vue (et donc l’un des plus attendus) de New York. L’annonce de son retour a donc fait grand bruit à l’époque et l’attente au sujet de ce nouvel album, que tous imaginaient au moins aussi bien que le premier était énorme. Malheureusement Hova se fourvoiera totalement dans sa direction artistique en essayant de sonner jiggy. Un trop-plein de titres trop accessibles (mention au risible I Know What Girls Like avec Puff Daddy et Lil Kim), productions loin d’être des plus imaginatives et performances en deçà de celles du premier album contribuent à plomber ce deuxième set. Une énorme déception pour le public qui vaudra à ce disque d’être incendié de tous côtés bien qu’il soit loin d’être foncièrement mauvais. Un produit final très loin d’être à la hauteur des espoirs suscités et qui aura été salué par un torrent de critiques négatives. Ce n’est certainement pas ce que les auditeurs de Reasonable Doubt voulaient entendre.

The Firm- The Album (1997)

 Une réunion au sommet de deux des meilleurs MCs du Queens, Nas et AZ secondés par le prometteur Cormega (remplacé finalement par le tout aussi attendu Nature), de la nouvelle papesse du rap féminin à savoir Foxy Brown (qui sortait d’un premier album à succès), le tout supervisé par Dr. Dre (qui se charge même de produire près de la moitié du disque) et The Trackmasterz (alors en pleine gloire) et conviant quelques guests dont la street credibility était alors au paroxysme (Canibus, Noreaga…) se devait d’être au moins de haute qualité, surtout que la promotion est portée par un single ultra-accrocheur, Phone Tap. Malheureusement ce ne sera pas le cas, preuve qu’il faut plus que des noms prestigieux pour livrer un produit de bonne facture. Le disque s’avère être très inégal et bâclé. Nas certainement le plus attendu du crew, est plus que décevant négligeant la finesse lyricale qui est sa marque de fabrique en se fourvoyant dans un mafia rap qui s’il colle plus ou moins au concept du disque, achève de dérouter ses fans. Ajoutons à cela un AZ trop effacé et des productions pas toujours au niveau et la boucle est bouclée.

Boot Camp Clik -For The People (1997)

 Comment expliquer qu’un crew réunissant deux des architectes sonores les plus respectés de l’époque (Da Beatminerz), des groupes ultra-charismatiques s’étant imposés comme de parfaits ambassadeurs du bitume et des rues sales (Smif-N-Wessun, Heltah Skeltah, O.G.C...), des rappeurs de la qualité de Ruck (rebaptisé depuis Sean Price), Tek, Steele, Buckshot, Starang Wonda, Top Dog et Rock, et comptant une ribambelle de disques depuis entrés dans les annales (Dah Shinin’, Nocturnal, Da Storm…),  puisse livrer un premier album aussi pathétique. Jusqu’alors tout ce que sortait cette clique était en tous points irréprochables et était avalisé par la rue en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire. Tout fan de rap underground était donc en droit d’espérer avoir un disque de très haute qualité. Malheureusement la direction artistique aura été mal pensée. En voulant surprendre les auditeurs, l’équipe de Buckshot aura plutôt semé son public. Première décision controversée, se passer des productions des Beatminerz et confier l’essentiel de la mise en musique à Boogie Brown. Ce qui aura pour effet de complètement modifier l’ambiance sonore propre au crew. Vouloir aussi mettre en avant les autres composantes de l’écurie n’était pas une si mauvaise idée, sauf qu’ils sont loin d’être au niveau de leurs glorieux aînés. On se retrouve donc avec une profusion de guests n’apportant rien. De plus les entités plus médiatiques citées plus haut ne font que fournir le minimum syndical aggravant cette impression de foutage de gueule ressentie à l’époque. Le disque n’aura finalement vécu que le temps de la sortie et des premières écoutes. Depuis tout le monde préfère oublier même qu’il fut sorti. Peu de gens sont d’ailleurs capables de citer de tête ne serait ce qu’un seul titre de l’album, preuve qu’il en est de l’ampleur de la déception.

Ice Cube – War & Peace Vol.1 (The War Disc) (1998)

 Cinq ans après son dernier album solo Lethal Injection concluant un début de carrière solo en tous points fracassant, Ice Cube se décide à reprendre enfin du service avec un nouveau disque qui s’annonce grandiose, surtout pour un MC ayant réalisé des classiques et dont l’influence sur le game était toujours réelle (même si moindre que par le passé). Il tardait à tous d’écouter les nouvelles ghettostories de Cube et ses lyrics agressifs. Le produit final sera loin d’être satisfaisant. Moins orienté Black Power et surtout moins convaincant que ses projets passés cet album décevra. S’il aura eu le mérite d’essayer de ne pas livrer un succédané de Westside Connection (Mack 10 ne fait qu’une seule apparition), ses choix artistiques seront cependant mal perçus, notamment la collaboration avec les métalleux de Korn. Il a beau essayer de rester proche de la rue dans ses lyrics, on a parfois l’impression qu’il s’auto-caricature. De plus son poulain Short Khop n’est pas le meilleur apport qu’il aurait pu trouver. Ce retour en demi-teinte servira surtout ses détracteurs, trop heureux de lui casser du sucre sur le dos.

The Notorious B.I.G. – Born Again (1999)

 Lorsqu’est annoncée la sortie d’un nouvel opus de Notorious B.I.G., l’émotion ainsi que l’impatience sont aisément compréhensibles quand on sait la qualité du MC. Le souvenir de son double album Life After Death est d’ailleurs toujours présent renforçant encore plus les attentes au sujet de ce disque qui a en croire les communicants de Bad Boy devaient être dans la lignée  de ses deux premiers opus et réunir pas mal d’inédits. Au final le contrat est très loin d’être rempli. En guise d’inédits on a droit à Niggas ainsi qu’au déjà connu (et surtout ultra-célèbre pour son rôle dans la guerre East/West) Who Shot Ya?. Pour le reste il faudra se contenter de chutes de studios enregistrées du vivant de Biggie et parfois même de démos recyclées pour les besoins de la cause. Il est exceptionnel d’avoir deux couplets de Big Poppa sur la même chanson. Pour pallier à ces manques, une pleine brouette de collaborateurs ont été conviés par Puffy Combs, histoire de donner un peu d’épaisseur à la sauce. Seul problème ce sont pour l’essentiel des artistes avec lesquels il avait très peu de chances de collaborer (Eminem, Ice Cube, Too $hort notamment sont  invités) ou alors, et surtout, d’artistes buzzés ne justifiant leur présence que par souci de satisfaire tous les publics (Les Hot Boys et les Big Tymers apparaissent sur un titre, vous parlez d’une incongruité). Sans compter que les instrumentaux ont été expressément revisités pour  pouvoir coller à la tendance du moment. Ce qui était donc attendu comme un album posthume de haute tenue ne sera finalement qu’une association disparate de titres n’ayant aucun rapport entre eux. Il y avait moyen de faire bien mieux que cette sous-compilation ressemblant à tout sauf un disque de Biggie, comparativement notamment aux projets posthumes de 2pac qui eux étaient nettement mieux construits.

Wu-Tang – The W (2000)

 En dépit de critiques plutôt favorables dans la presse musicale, ce troisième album du crew new-yorkais ne bénéficiera pas des mêmes faveurs de la part des auditeurs. Il faut dire que le Wu restait sur deux albums plus que solides et que les solos des différents membres cartonnaient. Tous espéraient donc un disque du calibre des livraisons précédentes. RZA choisira cependant de repousser encore ses frontières en livrant un son encore plus rugueux qu’à l’accoutumée. Pas de quoi gagner de nouveau fans. Autre écueil majeur, l’absence d’Ol Dirty Bastard, alors incarcéré pour une violation des termes de sa probation, ce qui aura pour principal effet de faire disparaitre ce grain de folie qu’il était seul à pouvoir apporter et qui faisait toute la différence. Il aura beau être présent sur un titre enregistré via le téléphone du parloir, ça ne suffira pas. De plus on sent les membres du Clan moins impliqués par ce projet qu’ils n’auraient pu l’être habituellement. La fraîcheur des deux premiers opus n’est plus, au point qu’on a le sentiment que ce disque a été fait par simple obligation contractuelle, surtout quand on compare à ce que chacun livrait en solo, un peu comme si tout le monde avait préféré garder le meilleur pour lui-même. En outre le projet étant trop bref (moins d’une heure de musique) et répétitif, il sera de facto déprécié. Les guests cinq étoiles (Nas, Snoop Dogg, Busta Rhymes, Isaac Hayes) ne parviendront pas à faire remonter la côte de ce disque jugé mou et sans inspiration.

Suite du dossier la semaine prochaine. Restez à l’écoute.

3 Réponses

    • Nigga Against Societ

      Je suis ton classement depuis le début (Je devrais commenter un peu plus souvent moi :( ) et je le trouve très bon. Il me tarde de voir ce que tu nous réserve pour la période 1995 à 1998.

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