Suite de notre série d’articles consacrée aux pétards mouillés. Il est à présent temps d’aborder la période 2001-2006

Jadakiss – Kiss Tha Game Goodbye (2001)

Au sortir d’un deuxième album de The LOX plutôt réussi et avec à son actif des performances de choix sur les albums du crew Ruff Ryders, Jadakiss décide de surfer sur cette vague en proposant dans la foulée son premier album solo. Un disque très attendu conviant la crème des producteurs en vogue. Outre le concepteur musical maison Swizz Beatz (alors bien loin de ce qu’il fait maintenant), DJ Premier, Alchemist, The Neptunes, Timbaland et Just Blaze mettent la main à la pâte pour la conception de ce qui se devait d’être un opus marquant au vu des forces en présence, surtout que les Ruff Ryders restent sur une série de succès et que la guest list s’annonce aussi épaisse qu’une liasse de billets de 500 (DMX, Eve, Nas, Snoop Dogg, Nate Dogg en plus des deux autres membres de son groupe). Malheureusement le résultat final sera très loin d’être à la hauteur des espérances. Jada accumule les mauvais choix tout le long de ce disque longuet en ne retenant que des productions sans grand éclat. De plus au niveau de l’écriture c’est peu voire pas du tout inspiré. Au final on aura un opus sans saveur que le mauvais goût (à l’image de la pochette) de son interprète aura plombé. Un début en solo raté dont il ne se remettra d’ailleurs jamais.

DMX -The Great Depression (2001)

Alors en pleine gloire suite aux succès de ses trois premiers albums (tous certifiés platine), DMX aborde son retour avec un nouvel opus qui s’annonce encore plus ancré au bitume que le précédent. Pour se faire il s’entoure de la plupart de ses artisans sonores habituels (Swizz Beatz, Dame Grease, P.K.) laissant cependant à ses nouveaux collaborateurs (Black Key et Kidd Kold) le soin de créer des titres moins oppressants qui ne feront cependant pas l’unanimité. Malheureusement si dans l’ensemble les producteurs s’en sont plutôt bien tirés c’est X lui-même qui déçoit le plus sur cet opus. Miné par des problèmes personnels (difficultés de couple, deuil de sa grand-mère), le pittbull du Yonkers est loin d’être dans une forme optimale. La fougue est toujours là mais elle semble forcée, de plus il peine singulièrement à se renouveler et ses quelques tentatives d’ouverture sont loin d’être réussies. Résultat ce disque aura été tout sauf la suite du précédent et lui est même largement inférieur. En dépit d’un lancement réussi (numéro 1 dès sa semaine de sortie et certification platine par la suite) ce disque restera une semi-déception et reste considéré par beaucoup comme un faux pas dans une discographie jusqu’alors irréprochable. A vouloir faire un disque trop street, il se sera fourvoyé.

Jay-Z & R. Kelly – Best Of Both Worlds (2002)

La réunion de deux des plus gros vendeurs de l’industrie de la Black Music se devait d’être un sommet, surtout que ce duo s’était déjà brillamment illustré chaque fois qu’il avait été amené à faire un titre en commun. Sans oublier que tous deux restaient sur deux disques plébiscités par la critique, le classique The Blueprint et le brillant TP-2.com et que le concours des Trackmasterz a été sollicité pour cet album à l’intitulé un brin chambreur. Les ennuis vont cependant démarrer dès la sortie avec l’accusation pour pédophilie de R. Kelly ce qui aura pour principal effet de plomber la promotion. Pour ne rien arranger le disque est largement décevant. A l’écoute on a le sentiment qu’il a été enregistré à la va-vite. L’atmosphère sonore concoctée principalement par R. et les Trackmasterz s’avère être plus que bâtarde, ne correspondant réellement à aucun des deux intervenants qui par dessus le marché ne montrent pas d’alchimie particulière. Le meilleur titre est finalement le seul solo de R. Kelly, les autres tenant plus de la collaboration forcée. Pour un album qui était censé devenir les tables de la loi du mélange R&B/Hip-Hop, ce projet aura déçu en n’étant ni un disque de R.Kelly, ni un disque de Jay et encore moins un disque de Jay et R.

Mobb Deep -Amerikaz Nightmare (2004)

2004 étant censée être l’année du renouveau pour Mobb Deep. Après leurs déboires de label consécutifs à la ruine de Loud Records, le duo aura connu une période de flottement avant d’être récupéré par Jive. Dans la foulée un nouvel album est annoncé avec comme toujours Havoc et Alchemist aux manettes. Ce dernier signera d’ailleurs le premier et très efficace single Got It Twisted. C’est pourtant le deuxième extrait qui sera la pomme de discorde de cet opus. Real Gangstaz est en effet produit par le roi de la crunk Lil Jon qui dans son style caractéristique pollue la track de ses cris. Le reste de l’album n’est pas plus rassurant. Bien que majoritairement produit par ALC et Havoc, l’atmosphère musicale sonne un peu trop aseptisée pour du Mobb Deep. Sans compter que les collaborateurs de longue date restent plus que discrets. Big Noyd ne signe qu’une seule apparition et les choix critiquables en matière de featurings (on retrouve les buzzés Twista et Nate Dogg) sont finalement une des déceptions de cet album. On apprendra que plus tard que le duo n’a pas eu les mains totalement libres concernant la direction artistique. Finalement ce qui devait être le disque du renouveau après un Infamy moyen et l’excellente mixtape Free Agents The Murda Mixtape aura été celui du déclin, sanctionné par des ventes en deçà des espérances.

2Pac – Loyal To The Game (2004)

A force de sorties régulières, on en est presque venus à oublier que 2Pac est tragiquement décédé, tant il continue de squatter charts et ondes avec ses opus posthumes. Il faut dire que la majeure partie d’entre eux sont de très bonne facture et sont même bien meilleurs que la majeure partie de ceux de ses pairs encore en activité. La personnalité de l’intéressé aidant c’est le rêve de nombre d’acteurs de la scène de pouvoir participer à l’un de ses disques. Quand en 2004 on apprend que la direction artistique de son nouvel album sera confiée à Eminem, quelques réticences sont à souligner, cependant les premiers essais réalisés par Em pour la B.O. du film Resurrection tendent à faire penser le contraire. De plus la collaboration annoncée avec la G-Unit laisse un peu naïvement pensé que cet opus sera très orienté gangsta en faisant le pont entre les deux générations. Finalement l’héritage de Pac aura été vandalisé tout le long de cet album. Les productions d’Eminem et son acolyte Luis Resto ne correspondent absolument pas à l’univers de 2Pac au point de ressembler à un honteux copié-collé. Ajoutons à ça une guest list racoleuse (Dido(!) Elton John(!)) et des featurings inutiles au possible et on obtient le type de disque qu’on aurait préféré ne jamais entendre. Il vaut d’ailleurs d’avantage pour ses bonus tracks plus consensuelles.

Tony Yayo – Thoughts Of A Predicate Felon (2005)

Du fait de son incarcération, Tony Yayo aura celui qui se sera fait le moins entendre aux débuts de la folie G-Unit. Cependant des performances de bonne facture en featuring et le parrainage de 50 Cent suffira pour en faire un des rappeurs les plus attendus en 2005. Son premier album bénéficie d’ailleurs de la fine fleur des artificiers du crew avec Eminem, Hi-Tek, Focus…, Megahertz, Needlz et même Havoc et J.R. Rotem à la production. A priori il avait tout pour plaire et péter le score. En dépit d’un lancement réussi (214.000 copies écoulées en première semaine), il s’effondrera vite du fait de son manque de qualité. Ce disque consacre les limites de son auteur tant au niveau de l’écriture que de la façon de poser. Il aura d’avantage contribué à lui affubler une image de wack MC qu’autre chose et à donner encore plus de grain à moudre aux détracteurs de son crew.

Nas – Hip Hop Is Dead (2006)

On l’avait quitté avec un Street’s Disciple ambitieux qui s’en être médiocre n’a pas non plus été une grande réussite. Toutefois Nas se décide à revenir en force avec un disque qui devrait être un retour aux sources et bousculer pour de bon la hiérarchie du rap game rient que par son intitulé un rien chambreur et la polémique qu’il a provoqué. Nasir Jones se fait le héraut du hip-hop, monte au créneau pour défendre son point de vue sur la déliquescence du mouvement et fait naître de grosses attentes au sujet de cet album que tous imaginaient grandiose en dépit d’un premier single éponyme figurant parmi les moins inspirés de la discographie du Street Poet. Résultat un album certes efficace mais nettement en deçà des attentes, donnant l’impression que toute cette agitation n’avait qu’une visée purement promotionnelle. On y retrouve quelques featurings contestables au vu du concept du disque (Kanye West et Will.I.Am sont considérés par beaucoup comme des fossoyeurs du hip-hop, dans une moindre mesure Snoop Dogg et The Game sont également assimilés à ceux qui tiraient le mouvement vers le bas) et des titres grand public (beaucoup espérait un nouvel Illmatic ou un disque street). Pas non plus de DJ Premier ou autre joaillier du minimalisme propre au son new-yorkais, mais des contributions de Kanye West, Will.I.Am (encore), Scott Storch et même Stargate. En ne livrant pas l’album que tous attendaient (bien qu’il soit loin d’être catastrophique, tout au contraire), Nas s’est mis à dos ceux même qui l’avait encensé durant la polémique.

Mos Def – True Magic (2006)

Il avait entamé sa carrière solo avec le fracassant Black On Both Sides avant de se diluer avec le trop expérimental The New Danger qui n’avait pas reçu les faveurs de la critique. Mos avait cependant promis rectifier le tir avec un troisième album qui marquerait son retour au rap. Malheureusement ce True Magic ne parviendra pas à redresser la barre. Le disque sera livré sous emballage en polypropylène sans livret, à la manière d’une démo ou d’un mix-CD amateur. Il fallait aller sur le site officiel de l’intéressé pour avoir connaissance de la tracklist. Une particularité voulue par Mos lui-même dans un souci écologique mais qui sera perçue par beaucoup comme un foutage de gueule. Pour ne rien arranger, le disque est loin d’atteindre des sommets et affiche de faux-airs de mixtape. La moitié de Black Star pose même sur des instrus existant déjà ou aux samples grillés, confortant l’impression de réalisation hâtive. Devant l’accueil mitigé sa maison de disques essaiera de noyer le poisson en assurant que cette version était non-définitive et qu’elle devrait être suivie d’un repressage mieux peaufiné et plus conventionnel. Pas suffisant cependant pour faire oublier ce ratage en règle.

Suite la semaine prochaine

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